Être en tant que laisser une trace, c’est passer.

Lévinas, L’Humanisme de l’autre homme.

 

Plus  tu  auras  réussi  à  écrire  (si  tu  écris),  plus éloigné  tu  seras  de  l’accomplissement  du  pur,  fort, originel  désir,  celui,  fondamental,  de  ne  pas  laisser de trace.

Henri Michaux, Poteaux d’angle.

 

À tout prendre il aurait sans doute été préférable de n’écrire, à l’instar de la pluie, de la neige ou du givre sur la vitre, qu’à  l’encre  sympathique. Ces signes griffonnés, martelés sur la page depuis l’enfance avec tant d’obstination, ce n’était d’abord que pour passer ; et le désir de « laisser trace », on préférait l’abandonner aux bâtisseurs de tombes.

Je n’aurai pourtant cessé moi-même de suivre des traces : cairns des pistes montagnardes, branches brisées le long de certains layons forestiers, châlées de sangliers, laissées de loutres, et ces livres aussi sans lesquels on s’égare... Laisser traces à son tour c’est alors faire signe à ceux qui viendront après, être fidèle à ceux qui ont ouvert le passage, et rendre grâce au monde.

D’ici — dans le retrait d’une vallée alpine et la précarité de la Toile — je risque donc ces traces. Le passant curieux y trouvera quelques renseignements sur mon parcours et mes activités d’écrivain (voire d'apprenti musicien), les livres parus ou à paraître, les projets en cours. Ainsi la porte de l’Atelier reste-t-elle toujours entrouverte…