Assis un peu à l’écart, à couvert sous un ciel couvert, adossé contre un tronc recouvert de mousse, on regarde, on écoute l’eau couler : une langue d’écume et d’eau verdâtre qui serpente entre les cailloux blancs ; une langue de fracas et de courant rapide qu’on n’entend qu’à peine. On reste dans le souffle un peu froid de cette langue-là. Parfois un enfant jette une pierre trop lourde pour lui, mais on n’entend presque aucun bruit. Les enfants qui tentent vaille que vaille de traverser pieds nus en sautant de rocher en rocher semblent très loin. Vue depuis l’obscurité du bois la lumière du torrent semble lointaine aussi. Passe là-bas un jeune homme aux mains nerveuses, qui bouche avec l’index son oreille droite ; un peu plus loin le père photographie son fils handicapé. La chienne vieille, qui n’en est certes plus à sa première cascade, regarde aussi la scène, couchée parmi les pierres mouillées, puis pose son museau entre ses pattes et s’endort. Maintenant on dirait un chien mort, un cadavre de chien charrié par la rivière. L’enfant glisse, tombe, pleure, se relève, repart vers le ruisseau.

Odeur de pierre mouillée, d’humus, de ruisseau.

Odeur de temps perdu, d’attente, de tristesse déjà automnale, d'abandon, de fin de flânerie. 

 

19 juillet 2014

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.