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LASSITUDE DU TOURISTE

 

Le métro, direction Châtelet. La litanie des stations qui se ressemblent, des visages qui, pour différents qu’ils soient, finissent par se confondre, de ces regards qui se croisent sans hostilité ni véritable indifférence mais avec, parfois, une sorte de curiosité, de courtoisie qui va jusqu’à l’enjouement parce qu’on est accompagnés d’enfants… Clément babille, Léo écrit sur son carnet en équilibre sur un siège malgré les soubresauts. La ligne est vieille, la rame usée jusqu’à la trame et maculée de graffitis, de rayures.

La cohue du Louvre est pire encore : la bêtise, l’hystérie touristique, l’abrutissement, l’incapacité à regarder (les gens qui passent − on dirait des bancs de poissons − ne s’arrêtent que pour se faire photographier devant les œuvres) s’y exposent aussi bien. Le comble de l’ignoble est atteint dans cette salle où Mona Lisa s’emmerde, et où un bataillon de touristes italiens manque piétiner mon enfant pour être photographié devant la toile. On s’enfuit vers les sous-sols. Je m’arrête enfin longuement devant certaines statues de l’art égyptien, et cette fresque extraite du Livre des Portes où l’on voit le dieu soleil à tête de bélier, dans sa barque, protégé par le corps d’un serpent. 

Le Livre des demeures secrètes. Le Livre des portes. La dernière porte.

Plus tard, dans le vacarme de Notre-Dame, je regarde mornement les rosaces et m’endors ; un haut-parleur me réveille, qui dit « chut » dans toutes les langues. À la Sainte-Chapelle, nous n’entrerons même pas, refoulés pour une paire de ciseaux restée dans le sac de ma mère. Et puis : la toux, les douleurs dont l’intensité ne faiblit pas, la lassitude de la ville, l’apaisement du souvenir ou de l’oubli…

 

5 mai 2014