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 LA FIN DU FILM

 

 

J’ai aimé vivre quelques jours dans ce petit appartement du XIXème loué à une enseignante férue de poésie (le soir, je relisais ses livres de Jaccottet et Michaux, dont la tonalité convenait assez bien aux circonstances).

Au matin on boucle les bagages pour être prêts à repartir le lendemain. Longue errance, gare de Lyon, en quête de pièces pour la consigne. Puis le Planétarium, aussi magique que dans mes souvenirs d’enfant (j’y retrouve avec stupeur mon élève Antoine C., et l’on échange de chaleureuses salutations – je constate chaque année que nombre de mes élèves de Troisième profitent de ces vacances de Pâques pour visiter Paris avec leurs parents comme je le fais pour la dernière fois, et cela n’en rend que plus touchant le voyage). Le film de la Géode, assez médiocre, terrorise et fascine Clément (la seiche attrapant un poisson depuis nous accompagne). 

Au soir je retrouve cet appartement de la rue Mouton-Duverney où je n’étais pas retourné depuis quinze ou vingt ans. La fièvre du cinéma, Visconti, Fellini, et les salles de spectacle mêlées à cette vue des toits depuis la salle de bain. Mais regarder et dire, dire et regarder, ne me rend pas pour autant ma jeunesse, et n’adoucit pas l’amertume des adieux.

On file, malgré l’heure tardive, voir la Tour Eiffel s’illuminer. Attente sur l’esplanade ventée. Froid, nuit, et ma mère regrette d’avoir cédé à son enthousiasme habituel : elle n’en a plus la force et tremble. 

Au retour, fumigènes et vigiles dans les couloirs, à cause de supporters violents du club de foot de la ville. 

Tension. Anxiété. Fatigue. Fondu au noir et fin du film pour cause de pellicule cassée.

 

7 mai 2014