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AU CHÂTEAU FAIBLE

(Castelnau)

 

 

 

1.

 

Odeur de frites et de sueur

brouhaha multilingue

des cohortes de touristes lancées à l’assaut du donjon

avides de contempler arbalètes, épées, fléaux,

toutes les manières médiévales 

de massacrer son prochain.

Après la grande paix pariétale c’est le retour

à la barbarie de l’époque

on scribouille dans cette odeur 

de frites et de sueur

tomber de l’escalier se blesser ou mieux

rester coincé dans la grotte

tout eût été préférable à ça.

 

 

2.

 

L’acharnement à bâtir des défenses 

toujours plus massives

armures toujours plus épaisses

stratégies toujours plus complexes

que l’adversaire finit toujours par déjouer

(sept fois le château fut pris)

évoque Le Terrier de Franz Kafka

ou l’entêtement de l’enfant 

devant son château de sable —

mais c’est sans haine que l’enfant

laisse la vague ruiner son rêve

en ce sens il peut 

(et l’homme paléolithique avec lui)

regarder de haut 

le seigneur de ce château 

qui n’ose s’avouer château faible.