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À TROIS PATTES

 

 

La canne

 

 

Toute contrainte, tout incident, tout événement plus ou moins déplaisant se doit d’être intégré au cours ; mais ce pincement du nerf sciatique qui, soudain, a transformé le professeur de vingt ans en un petit vieillard appuyé sur la canne de son défunt grand-père ?


On change de rythme, voilà tout. La course dans les escaliers – pratique visant à dynamiser l’entrée en classe, à éviter les embouteillages des couloirs qui retardent le début du cours et à maintenir le professeur en forme – se transforme en course de lenteur, marche après marche, avec appui obligatoire sur la canne.

Bondir dans la salle, sauter sur la chaise, on n’y pense même plus : maintenir l’assise, après tout, donne de la stabilité, avec ces bols chantants et le thé on se croirait à un séminaire de méditation…

Il n’empêche que c’est le temps, le temps ordinaire avec son usure, ses ravages, qui s’invite ainsi dans l’éternité de la classe, et l’on se dit avec tristesse que bien des choses qui furent longtemps possible, déjà ne le sont plus.

16 septembre 2019