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Vigienovembre2008

 

Sept ans plus tard je pianote ces notes par une nuit de grand vent et de pluie violente. Le rougegorge de l'image est mort depuis longtemps, mais j'observais tout à l'heure son arrière-arrière-arrière... petit-fils qui sautillait sous la fenêtre...

 


 

 

 

À LA HAUTEUR…

 

La neige est venue, la neige a fondu. Maintenant les deux grands châtaigniers n'ont presque plus de feuilles ; depuis la fenêtre de mon nouveau bureau encore en chantier, je suis à leur hauteur.

Bouleaux dorés, ciel gris, thé fumant, chaleur, quiétude. Ici je serai bien pour continuer d'écrire L'éloignement. La page d'hier, je ne l'ai pas encore relue, mais il me semble qu'elle n'était pas mauvaise… D'ailleurs, quelle que soit la valeur, toujours relative, du texte, quelle que soit ma capacité à être ou non à la hauteur de ce que je sens devoir et pouvoir écrire à partir de cette expérience guyanaise qui, au fond, m’importe moins que le livre à écrire, c'est un plaisir d'être là sous les combles − à hauteur de châtaignier.

 

8 novembre 2008

 


 

 

 

ART POÉTIQUE

 

Pour raconter une histoire avec pudeur et sans pathos, mieux vaut éviter de s'attarder sur l'événement. Peu importe l'événement. Il faut pianoter autour, comme dans le cinéma d’Ozu, de Gérard Blain ou de tous les réalisateurs qui savent que le cinéma est un art de l'image sans rapport avec le théâtre. Il faut choisir quelques images fixes un peu avant et un peu après l'événement, jouer sur les ellipses, les non-dits, les litotes. Suggérer plutôt que dire, montrer avec chaleur et retenue. Prendre l'anecdote comme point de départ, d'accord, mais la raboter comme un sculpteur jusqu'à n'en laisser que l'essentiel (un peu plus, un peu moins). Raconter par petites touches, contourner les moments attendus. Les modèles qui me viennent en tête sont, outre Gérard Blain et Ozu, Satyajit Ray, Kim Ki Duk dans ses meilleurs films, ou bien, en littérature, Kawabata, Bashô, Abraham.

Ce qui compte : la pudeur surtout, la retenue, l'intériorisation et la généralisation qui permettent de dépasser le piège de l'anecdote ; un rapport vibrant aux choses, une conscience vive de l'éphémère et de la bonté ; et, par-dessus tout, l'amour de l'art qui donne sens et sève à la vie.

 

9 novembre 2008

 


 

 

 

TEXTE ET PRÉTEXTE

  

Voici la maison de nouveau noyée de pluie et de brume − tout juste si l'on aperçoit le champ d'en face et les silhouettes fantomatiques des deux châtaigniers, du poirier et du grand pin. La neige est annoncée pour les prochains jours, peut-être dès cette nuit. Léo dort dans sa chambre, bien paisiblement. Je profite de son sommeil pour revenir au bureau et au texte en chantier ; à moins que ce texte ne soit qu'un prétexte pour boire du thé en regardant le brouillard filer à la fenêtre.

 

12 novembre 2008

 


 

 

 

CHUT !

 

La petite averse de neige de vendredi s’est transformée en longue chute silencieuse.

Tout au long de la nuit froide on n'entend rien d'autre que les fins grésillements de la neige sur la neige.

Maintenant nous sommes recouverts.

Le chasse-neige n'est pas passé.

Chut !

 

24 novembre 2008

 


 

 

 

NUIT FROIDE

 

 « Il n'est pas content, le vent » dit Léo.

Des jours de neige, de givre et de glace. Des jours et des nuits de grand froid. Le soleil revient un moment, qui fait briller la neige et reluire la glace qui goutte le long du toit. Puis tout plonge à nouveau dans le noir et le vent se lève, qui mugit aux fenêtres et rend la chaleur, le bonheur, le refuge, précaires et tremblants comme les flammes de la cheminée.

Nuit de grand froid et de vent.

 

29 novembre 2008

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.