Vigieseptembre2008

 

Les feuillages ont terni, le ciel a noirci, le vent s'est levé... et ce sont, à l'époque comme aujourd'hui, aujourd'hui comme demain sans doute, les mêmes images qui reviennent, simplement plus cruelles d'être ainsi retranscrites après coup dans la douleur des saisons envolées (mais n'en rajoutons pas trop, il y a pire je sais bien...).

 

 


 

 

 

RENOUVEAU

 

 

Les feuillages ont terni, le ciel a noirci, le vent s'est levé, les hautes herbes jaunes ont plié et maintenant ruissellent... Léo dans mon dos se réjouit de la pluie sur son visage et rit aux éclats en contemplant les nuages. Il répète que c'est joli, puis hume théâtralement la coulemelle que je viens de cueillir. Pluie et vent d'automne apportent le renouveau.

 

*

 

À la nuit d'orage qui a fait trembler la maison succède une journée de chaleur et de solitude. Léo dort, je finis le ménage. Acculé au bureau pendant que le sol sèche (l'odeur du savon noir apaise), je regarde par la fenêtre les feuilles déjà criblées de rouille du poirier et le ciel blanc. Temps en suspension, trop courte parenthèse de liberté conditionnée en laquelle on traînasse sans trop savoir qu'en faire, mais dont on pressent l'importance. Se pose alors l'éternelle question de savoir si ce qui est tombé devant la fenêtre était une feuille ou un oiseau.

 

4 et 5 septembre 2008

 


 

 

 

PERSPECTIVES

 

 

Temps blanc, ciel éblouissant, la barrière de la Chartreuse tout juste un peu plus sombre. Des geais et des casse-noix très affairés traversent. Un automne étrangement blanc fait trembler les bouleaux. Les pommiers sont maintenant lourds de fruits rouges, le tilleul a jauni. L'automne, c'est la saison des départs : je regarde, par-delà Bramefarine, ces perspectives incandescentes, et je voyage au loin sans quitter la terrasse.

Légère ivresse du thé vert.

Du sable du Sahara s'est à nouveau déposé sur la table. 

Un nuage.

La mélodie un peu dissonante de deux clarines mal accordées.

Le braiement d'un âne.

En pensée on joue les aigles. Il fait bon vivre dans ce creux de la carte, en ce village où j'habite pour longtemps, où Léo grandira et où nous vieillissons.

 

10 septembre 2008

 


 

 

 

BRUINE FROIDE

 

 

Bruine froide comme de la neige fondue. Les arbres décidément jaunissent à vue d'oeil, et il ne fait plus que dix degrés sur la terrasse. La pluie tombe depuis deux jours. On a mis le chauffage en route pour la première fois.

À l'intérieur flotte une certaine douceur. Les chats et la chienne dorment roulées en boule, pendant que ronfle l'averse ; soi-même on se sent pris d'une torpeur...

J'ai traversé tantôt les champs avec, dans le dos, le porte-bébé chargé d'une centaine de coulemelles !

Le temps qui passe n'est pas toujours une malédiction. Maintenant il est cinq ou six heures du soir et c'est vraiment une belle fin d'après-midi d'automne. La lumière est douce sur les pommiers et les maisons de la Provenchère. Après avoir arpenté un moment le champ pour cueillir encore quelques coulemelles, me voici installé dans installé dans l'herbe avec Léo, la chienne et la chatte. On entend la rumeur du Gelon, la clameur des chiens, le bruit du vent dans le feuillage du grand érable, une corneille, et aucun coup de feu. Les grands nuages blancs défilent sur le verre des lunettes de soleil que Léo s'obstine à vouloir enfiler parce qu'elles sont jaune et rouge et que c'est joli (ainsi qu'il le répète sur tous les tons depuis cinq minutes). Léo est assis près de moi, en tailleur comme moi. En ce jour de septembre 2008 il n'a pas encore deux ans.

 

14 et 19 septembre 2008

 


 

 

 

BROUILLARD

 

 

Des vaches blanches

surgissent, fantômes cornus 

qu'on croise dans la brume

 

 

Ces ombres :

un fragment de falaise

qu'on frôle dans la brume.

 

 

Est-ce un homme

ou bien un arbre

qui danse dans la brume ?

 

 

Qu'est-ce que cette montagne

qui flotte, bateau perdu ?

On se perd dans la brume.

 

 

L'éclaircie

rend plus froide

et plus brillante la brume.

 

 

Quartz luisant

rouge sombre des amanites :

mes repères dans la brume.

 

 

Coup de feu, appel

un chasseur cherche son chien

perdu dans la brume.

 

Valpelouse, 20 septembre 2008

 

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.