UN RÊVE, UNE MARCHE

 

 

Comme une caisse échappée d’un naufrage la maison s’est échouée sur la plage d’un crépuscule douteux. Tout à coup les vaguelettes argentées qui agitent les eaux noires s’amplifient et convergent de plus en plus vite vers l’horizon en un vertigineux mouvement de reflux qui laisse à découvert une vaste étendue de glaise ; puis un mur liquide se forme, qui revient à toute vitesse en bouillonnant vers la plage. C’est une vague démesurée, un tsunami, un raz-de-marée. Aussitôt on songe à refermer les volets comme on le fait en cas d’orage. Mais il n’y a plus de volets, plus de fenêtres, plus de murs ni de toit ni de sol ou de plage : juste un espace nu que la vague a déjà balayé et où ne subsiste rien.

 

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Balade matinale, encore estivale, avec Léo qui marche à mes côtés et regarde, l'œil vivant, les arbres, les papillons, les champignons qu'on ne peut pas cueillir à cause de ce qu'il nomme la « maladie du Charmant Som », et puis les criquets bleu ciel, les sauterelles vertes, les geais, les pics, tout ce qui surgit, tout ce qui est autour de nous, avec nous, en nous.

Il est tout petit, et il court vers un châtaignier gigantesque.

Je me dis qu'il n'y a rien de plus beau ni de plus poignant que de marcher ainsi dans la montagne avec mon fils.

 

28 août 2009