COMME HORS DU TEMPS

 

 

Journées de brume et de brouillard, nuits d'averses, crépitements sur les fenêtres du toit. L’enfant dort profondément, enfoncé dans cette nuit printanière en laquelle on s'enfoncera bientôt à notre tour.

 

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La neige tombe encore, à gros flocons. À l'intérieur interminablement je peins et je lasure. Je répare les dégâts de l'inondation qui a bouleversé la chambre de Léo (j’entends encore ses cris, je revois sa détresse devant ses jouets détruits, et notre désarroi devant la catastrophe du toit qui fuit et qu'il faudra refaire). Puis je termine la chambre de Clément (qui n’est pas encore né, et je suis seul alors à connaître son nom). Nathalie, dont le sommeil est difficile, cette nuit encore dormira dans la future chambre du futur petit. Maintenant, à tout moment, je sais que ce peut être le moment. Peut-être ce sera pour cette nuit ? Nathalie viendra me réveiller. « Ça y est ? Il faut y aller ? » Et nous partirons dans la nuit, lentement. Tous les jours qui suivront seront comme hors du temps.

 

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Passent Odile et Thierry à cheval, et Thierry en riant prend Léo avec lui et trottine dans le village autour de la maison. (C'est cette image heureuse de lui qu'on mettra sur l'autel dans trois ans, au moment de sa mort.)

 

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Léo regarde le ventre de sa maman et dit : « Tu sais maman, je voudrais bien être dans ton ventre.

— Mais tu y as été ! Tu ne t’en souviens pas, évidemment, mais c'est tout de même mieux maintenant, tu ne crois pas ?

— Oui. Mais comme ça, je serais avec mon petit frère ou ma petite sœur ! »

(Cinq ans plus tard, les deux inséparables repartent explorer la forêt d’à côté, aussi unis je crois que peuvent l’être deux frères…)

 

 

7, 12 et 17 avril 2010