Index de l'article

 

Vigienovembre2010

 

Devant moi la grande table du séjour recouverte de livres, et ce très beau tableau : la mangeoire aux cent mésanges, les toits blancs, les crêtes nues, le ciel où s’étirent déjà quelques nuages orangés...

 

 


 

 

 

DÉFAILLANCES

 

 

Hier c'était la première neige. Juste le temps de la saluer, pas même celui de la goûter, encore moins de l'écrire.

On travaille, les travaux. Petites défaillances du quotidien, abîmes minuscules, boucles lassantes du cycle habituel. Parfois l'imminence d’une trouée : ces flocons, cette neige trop vite disparue.

Léo réclame la neige.

Les couleurs d'automne, cependant, n'ont pas encore tout à fait terni.

On aura peut-être encore le temps de faire voler le cerf-volant ? Qui sait ?

 

10 novembre 2010

 


 

 

 

VACILLEMENTS

 

Jours d'hiver.

La deuxième averse de neige au Villard fait une boue liquide.

Les branches nues du poirier dansent à la fenêtre du toit.

Le vent et la pluie malmènent les drapeaux de prière décolorés.

La maison est déserte.

Le son de la flûte shakuhachi réconforte en traduisant par ses vacillements la fragilité de l'instant.

On s'étonne d'être là.

Voilà.

 

16 novembre 2010

 


 

 

 

TRISTESSE

 

 

Me voici seul dans la maison cernée par la neige : une couche épaisse de poudreuse parfaite sur laquelle Léo a pu faire ses premières glissades de l'hiver.

À main gauche le jardin blanc qu'illumine le soleil déclinant.

Derrière moi la cheminée et les deux chats.

À main droite, le bol japonais, le thé matcha et la théière verte.

Devant moi la grande table du séjour recouverte de livres, la chaise vide de Clément, et ce très beau tableau : la mangeoire aux cent mésanges (ramassé tout à l'heure le corps glacé de l'une d'entre elles), les toits blancs, les crêtes nues, le ciel d'un bleu très pâle où s’étirent déjà quelques nuages orangés.

Et puis le ronron du frigo et du chat, le tic-tac de l'horloge, le craquement d'une bûche.

C'est tout.

Le travail peut commencer.

Vigilance.

Attention.

Silence sans distraction.

Tension continue.

Solitude voulue.

Discipline et présence.

Confusion.

Compréhension.

Que les idées dansent comme des mésanges sur un fil invisible.

Que l'on s'enfonce dans l'hiver en cette solitude souhaitée.

Que l'on savoure et que l'on souffre en toute quiétude, attentif, vigilant et ouvert.

Allons-y.

Ce n'est pas la nuit tombée qui rend triste. Ce n'est pas la solitude de cette nuit froide, l'assiette posée sur un coin de la table ni le silence, qui font saigner le cœur – mais juste, à l'improviste, le son de ce ballon à grelots heurté du pied, le son de ce ballon offert à Léo pour son premier anniversaire : voilà qui suffit pour faire émerger une tristesse inguérissable.

 

26 novembre 2010

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.