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LE PEU QUI RESTE

(FRAGMENTS DE DÉCEMBRE, 3)

 

Vigiedécembre2011brume

 

Dans la cheminée éteinte la poussière noire d'un souvenir qu’aucun souffle ne ravive !

 

 


 

 

 

COMMENT VA ?

 

Vigiedécembre2011drapeaux

 

Comment va le silence et comment va l'hiver ? Les champs ont refleuri. Le vent s'est levé, qui fait valser les fleurs. L'orchidée a laissé choir sa toute dernière fleur. Comment s'y retrouver ?

Beau jeu d'ombres de lumière en ce séjour paisible. Pendant ce temps les navires tanguent et sombrent, le système s'effondre, et se déchire l'illusion d'un monde stable.

Au premier rang de la salle comme naguère, j'écoute Vasca chanter : « J'écris pour que s'efface peut-être enfin, ma gueule dans la glace du quotidien… » Et l'on rejoue, en jaune et rouge, certaines scènes d'autrefois...

On monte un peu le chauffage (il faisait si doux), on se resserre du thé.

Comment s'y retrouver ?

 

2 décembre 1011

 


 

 

 

LE PEU QUI RESTE

 

 Vigiedécembre2011lepeuquireste

 

La roue tourne en grinçant, à laquelle on ne prête pas attention.

Le ciel blanc, opaque, ne voile ni soleil ni lune.

L'hiver s'installe sans que rien ne change.

La pluie se fige. Pas un flocon.

La chienne tourne dans son panier.

On se recroqueville dans sa fatigue, ses souvenirs, ses draps de fantôme, ses rêves. On fait offrande à l'hiver d'une poignée de secondes détrempées et de quelques lumières. Ce matin tout était plus flamboyant sur la scène ; en coulisses, le froid, l'attente, un reflet pâle.

Lire ou écrire, une manière comme une autre de détourner le regard ?

Lire, peut-être ; écrire, je ne crois plus.

Regarde honnêtement comme cela creuse dans les creux, noircit les ombres, détrempe un peu plus le jardin sous la pluie, et se refuse à mettre de l’huile dans la mécanique. Cela rassure si peu, cela ne peut tellement plus se rattacher au moindre projet, que tu ne prends la plume que lorsqu'il n'y a plus aucune échappatoire et ce n'est pas pour t’échapper, pour te « distraire »; juste pour regarder creuser, pour écouter grincer, laisser passer, passer, filer, laisser...

 

*

 

Pendant ce temps aux quatre coins du monde et dans les dix directions, chacun poursuit sa trajectoire sans surprise.

Au fil des ans ce visage perdu n'a pas tant changé, et les attitudes de l’adolescent un peu timide qu’il était sont restées. Le voici devenu prédicateur douteux. L'accent chante, le phrasé a gagné en assurance. Ni familier, ni étranger, mais lointain, distant, boudeur, mutique, insaisissable à jamais.

Le peu qui reste…

On devrait éprouver quelque chose mais tout cela est tellement dépourvu d'imprévu. On pourrait aussi bien se croiser au coin d'une rue : ce serait sans étonnement, sans paroles, sans effusion. Figé. Passé. Mort.

(Quelques années plus tard on me demandera si j'ai gardé contact. À quoi bon ? Si l'émotion un jour me revient au détour d'un discours, c'est peut-être parce qu'il y a une confusion entre les deuils, un simple malentendu.)

Dans la cheminée éteinte la poussière noire d'un souvenir qu’aucun souffle ne ravive ! Pas même une urne, et pas de cendres à disperser.

Quand même : qu’il soit heureux, qu’il aille bien, qu’il vive vieux ; et puis surtout qu'il neige !

 

13 décembre 2011

 


 

 

 

LA TEMPÊTE

 

 

Tempête sur la France, un cargo s'est échoué sur les côtes bretonnes.

Ici le carillon s'affole, le poirier danse à la fenêtre du toit. Je rentre les chaises, la table, fouetté par la pluie froide (on annonce le retour de la neige cette nuit). Tout est très sombre. Le vent mugit. Quelque chose d'immense traverse le jardin, la maison, emporte le rafiot, exalte. Sifflements. Quel plaisir de se tenir au cœur du mouvement ! Ces nuages noirs, cette silhouette brouillée du poirier, ces drapeaux tendus comme des voiles de navires, ces rafales, quel plaisir !

Tempête salutaire.

 

16 décembre 2011

 


 

 

 

LES COULEURS

 

Vigiedécembre2011noël 

 

Averses de neige : la cime du poirier disparaît.

Dans le décor des meubles d'autrefois tout rappelle à l'enfance. Redécouvrant soudain cette vieille version de l'histoire de Gilgamesh qu’on me lisait lorsque j’étais enfant, je ne sais plus qui est le lecteur adulte, et qui l'enfant.

On regarde à la fenêtre l'averse de neige.

Ce matin-là ma mère toussait après une nuit mauvaise. C'était des jours tremblants, jours précieux.

La voiture est tombée en panne, et les enfants s’en amusent.

Averses de neige. Dehors tout est blanc, tout est brillant.

On a repeint de couleurs vives, rouge et jaune, les vieux rails en bois, puis décoré le séjour de guirlandes lumineuses: toutes ces couleurs au cœur de l'hiver pour rejouer, comme on peut et tant qu'on peut, la belle scène de la naissance...

 

24 décembre 2011

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.