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Vigienovembre2011

 

Novembre lumineux, comme un avril à rebours...

 


 

 

 

TROU NOIR

 

 

Cette année encore, on se demande si l'hiver viendra tant la douceur dure.

Aujourd'hui les enfants ont joué longtemps dehors. Ce fut un jour heureux. Il y avait Clara, Lucile, Martin, River, Léo et Clément. Peut-être en conserveront-ils dans leur mémoire une toute petite, toute vague et terne image – juste une sensation lointaine, poignante, qui leur piquera un instant le cœur d’une nostalgie sans fond avant de disparaître tout à fait. Ils ne se souviendront pas. En vieillissant ils chercheront, comme je le fais moi-même sitôt que je suis seul et que je prends la plume.

Pendant ce temps le Vieux Continent sombre dans une crise qui inquiète. On ne sait trop dans quel navire on se trouve embarqués, Titanic ou Méduse, mais on craint le pire. Et les proches, les tout proches, les tant aimés, de basculer paisiblement vers le lointain, vers le trou noir, avec un signe de la main…

Soudain la pluie s’abat sans qu’on s’y attende (on ne l’avait pas vue venir), comme pour souligner que c’était aujourd’hui l’apogée des vacances, la dernière fête d’automne. Tout maintenant peut paisiblement basculer dans le grand repli des mauvais jours.

 


1er novembre 2011

 


 

 

 

LISANT TRANSTRÖMER

 

 

Les livres, la lampe, le silence. L’inquiétude, la tension de l’horloge. Oh, il ne faudrait pas insister beaucoup pour que le cœur défaille. Une fois encore tant de tendresse blesse. On reste comme l’enfant qui, ayant construit un beau jouet en lego, pleure à la simple idée de le voir détruit – et lui expliquer que les lego, comme la vie, « c’est ainsi », est bien inutile.

Les livres, la lampe, le silence. Les mots silencieux et lumineux de Tranströmer. On vogue, on sent la Terre filer, la paix dans l’étrave, la vaste paix qui nait de l’acceptation du mouvement du monde. Saute et plonge ! « L’éveil est un saut en parachute hors du rêve. »

 

2 novembre 2011

 


 

 

 

INCONGRU

 

 

Novembre lumineux, comme un avril à rebours.

J’écris sans but, et sans guère progresser – mais quand je lève ensuite les yeux de la page ou de l’écran, le monde brille davantage, les lignes sont plus nettes, mon être plus poreux.

Écrire est sans but.

Il ne s’agit que de s’asseoir, « juste s’asseoir », et de suivre les lignes, les mouvements de la mémoire et de l’oubli du monde. Danse immobile.

Je ne savoure même rien, et vient ce qui vient.

Un rêve coloré.

Un frisson dans l’échine.

Une porte qui grince, un pas dans l’escalier de la maison vivante.

Il est étrange d’être assis là, et l’écrire est plus étrange encore : une incongruité redoublée !

 

21 novembre 2011

 


 

 

 

L’HORLOGE

 

 

Novembre printanier – les lilas, les jonquilles bourgeonnent, les primevères s’épanouissent dans l’ombre des murets. La roue du rat cependant tourne dans son tunnel de crispations ; le cri de la buse qui le guette rouvre l’espace.

Sur le bureau où « tout brûle », la lampe rouge éclaire la table jaune et quatre ou cinq gros bouquins : Bardo, un monde ouvert, libre de soi, sur les traces de…

L’horloge, comme un plus puissant rapace, surveille tout cela.

 

22 novembre 2011

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.