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Vigieseptembre2011 

 

L'automne pourtant s'annonçait beau, lumineux, paisible, harmonieux, vacillant à souhait...

 


 

 

 

L’HARMONIE À MINUIT

 

 

Veille de rentrée, pluie continue. On s'est bien affairé. On a terminé in extremis la chambre du petit : peinture, ménage, rangements. On a cuisiné, préparé, classé, chargé les sacs dans la voiture pour que tout soit prêt au matin…

Léo a ri et pleuré, s’est plaint, montré parfois désarmant de gentillesse mais plus instable que le temps. Cette période de transition − fin d'été, piscine rangée, brouillard et levers nocturnes − le fragilise. On accueille d'autant mieux cette fragilité que tout pour nous s'annonce sous les meilleurs auspices. Nathalie occupera désormais un poste en maternelle à La Rochette (son rêve); et je serai pour la première fois à temps partiel avec seulement deux Sixièmes (mon rêve).

On verra bien ce qui adviendra ou n’adviendra pas de cette vacance.

Rumeur de la pluie.

Tic-tac de l'horloge.

Voilà.

 

4 septembre 2011

 


 

 

 

L’HORIZON

 

 

Quand je regarde autour de moi je ne vois que douceur, lumière, harmonie. C'est aujourd'hui le premier jour à la maison avec Clément, qui s'est endormi. Les jeux, les rires, les babillages d'un bébé heureux, c'est à vous faire douter du caractère insatisfaisant du samsara ! Léo, tout à l'heure, rentrera de l'école. Sans doute demandera-t-il, comme hier, à écrire tous les mots qui lui viennent en tête, fier de ses fulgurants progrès… Nathalie nous rejoindra, encore toute étonnée de cette chance inattendue qui l'a propulsée en maternelle à La Rochette (un jour ce sera la routine et on oubliera cet étonnement-là).
Moi j'aurai savouré je crois chaque instant de la journée. Cuisiné. Travaillé. Pensé à mes classes et au premier cours sur « Le chant du sang » de Vasca. Pensé au passé et scruté l'avenir.

Quand je regarde l'horizon je ne vois rien de bon. Les maladies de ma mère et de ma grand-mère progressent inéluctablement. Tous les fils de nos interdépendances économiques et étatiques, peu à peu ou brutalement, cèdent. On entend les craquements. Comment croire que la glace tiendra ? Comment croire que la glace ne tiendra pas ? À mesure tout semble de plus en plus fragile, de plus en plus incertain, de plus en plus inquiétant.

Nous avons de beaux jours.

Nous aurons eu de beaux jours...

 

4 septembre 2011

 


 

 

 

À BOIRE !

 

 

Ce matin, face à eux, avec eux : « Je vous apporte à boire.

— Et si on n'a pas soif ?

— Il est possible que la soif vienne plus tard. Vous vivrez peut-être certaines épreuves qui vous donneront soif. Je ne peux pas avoir soif pour vous, ni vous forcer à boire. Je peux vous montrer à quel point il est bon de se désaltérer quand on a soif. »

 

Les dernières nouvelles donnent très soif. La chimio par intraveineuse, les traitements lourds, jusqu'à quand ?

 

Assis sur les hauteurs du jardin je guide Léo et Clément jusqu’aux ânes-zèbres. Nous sommes dans la savane : il y a des chats-lions, une chienne-hyène…

Cette scène est déjà très lointaine.

 

L'automne pourtant s'annonçait beau, lumineux, paisible, harmonieux, vacillant à souhait.

 

7 septembre 2011

 


 

 

 

LES PASSÉS

 

 

Passé l'été on s'enfoncera doucement dans la fraîcheur de l'automne, dans la blancheur de l'hiver.

Passée l'exaltation de la rentrée on se coltinera une fois encore avec la réalité des lassitudes, de l'absence de soif, de l'amour-propre (et d'essayer une fois encore de donner soif, de montrer quel point il est bon d'étancher cette soif en buvant au goulot de la poésie…).

Passée cette journée on sombrera dans des décors tout aussi illusoires qu'on croira pourtant réel.

Cette bête qui creuse, est-ce qu'elle est réelle ? – On ne la voit même pas.

 

15 septembre 2011

 


 

 

 

NUIT D’ORAGE

 

 

Nuit d'orage, on s'arrête de lire pour écouter l'admirable rumeur de l'averse sur le toit, dans les arbres, ce grand bruit de feuilles et d'eau dont on ne se lasse pas.

On repense à la dernière balade, aux champs embrumés, à la forêt trempée, au panier de coulemelles, aux enfants radieux. Puis on reprend la lecture, têtu comme l'averse d'automne.

 

16 septembre 2011

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.