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Enfin la pluie éclate, une pluie violente, une pluie presque d'été qui fait danser le poirier et fouette les fenêtres.

Clément se tient contre la vitre et répète : « Tu entends la pluie ? Tu entends ? » 

 


 

  

L’ÉCRIVAIN DE DEUX ANS

 

Enfin la pluie éclate, une pluie violente, une pluie presque d'été qui fait danser le poirier et fouette les fenêtres. Clément se tient contre la vitre et répète : « Tu entends la pluie ? Tu entends ? » On allume les lampes. On respire, on lit les paroles de la pluie qui écrit sur le toit de la maison. C'est merveilleux. Voir Clément assis là sur le lit et qui répète : « a allumé la lumière dans bureau ! », est merveilleux aussi.

La pluie s’apaise, le tonnerre gronde puis s'éloigne. Clément se tient debout sur le lit, l'horloge sonne cinq heures (« entends l'oiseau ! ») puis se tait (« entends plus ! »). Clément, écrivain de deux ans, continue à dire à voix haute tout ce qu’il fait, redoublant et déformant un peu avec ses mots la réalité ordinaire : « ai posé des doudous au lit ! » dit-il en traînant le plaid bordeaux sur le lit pour s’y cacher...

 

3 avril 2012


 

   

POMMIERS EN FLEURS

 

Au retour de Camargue on retrouve la même pluie continue, glaciale, de début ou de fin d'hiver. La journée durant je reste au bureau. Je travaille à L'éloignement. Ouvrant la fenêtre je crois voir la neige, mais ce sont les pommiers en fleurs.

 

16 avril 2012


 

   

J’AI PERDU LE MONT-BLANC…

  

Retour d'un temps estival après des semaines de pluie. On part à travers champs avec Léo, Clément, la chatte Onça et la chienne Patawa, en direction de l'affût. Rumeur du Gelon et travaux printaniers. Dans le grand champ labouré par les sangliers, on ramasse avec joie un bois de cerf abandonné.

La nuit venue je cherche le stylo Mont-Blanc perdu. Le souffle du jardin, le son du carillon, le vent tiède, je ne les perçois plus que distraitement. J'attends Nathalie et Léo partis à un concert – peut-être pourront-ils m’aider. Je tourne en rond, ne pouvant plus écrire, pestant contre cette interruption : je cherche mon stylo, fredonnant ironiquement la chanson de Nougaro « J'ai perdu le Mont-Blanc dans la neige »... 

 

27 avril 2012


 

    

LA TEMPÊTE

  

Toute la nuit le vent mugit et j’écris à nouveau : j’ai retrouvé le Mont-Blanc, qui était tombé dans l'herbe hier après-midi (il aura passé la nuit dehors et l'écriture peut-être en sera aérée ?).

 

Qui donc se balance 

tout seul dans le hamac ? 

Le vent, rien que le vent.

 

La porte du bureau

timidement s’entrouvre −

n’entre qu’un courant d’air.

 

On part marcher dans le jardin

pour humer le vent tiède

ah ! ce vent…

 

Nuit de tempête. Plus de téléphone, l'électricité ne tient pas et le vent mugit. On se sent assiégé. Je laisse la fenêtre du bureau ouverte pour entendre davantage encore la tempête. La porte tremble, les tentures sont parcourues d'un frisson pareil à celui des hautes herbes dans un champ.

 

Une bourrasque dans l’air chaud.

 

Narines en feu, on étouffe.

 

Le carillon entravé fait un bruit de haubans.

 

Je continue le texte — Beauvoir, l'installation au Villard, le présent qui se rapproche, ces carnets du retour qui devraient faire l'objet d'un autre livre mais que je tente, bon an mal an, d'intégrer à L'éloignement au risque d'en brouiller la trame la plus apparente (le séjour en Guyane) parce que le temps m’est compté, parce que seules comptent l'urgence du présent et l'urgence d'écrire, et parce que la question sous-terraine du rapport au temps et à l'écriture importe au fond bien plus que le motif guyanais, et que cette « question » n'a reçu de  « réponses » vraiment neuves qu'avec le retour, retour à l'écriture.

 

Plus de lumière — et la lumière revient — plus de lumière, un vacarme effrayant — je poursuis avec une lampe de poche — plus de lumière…

 

Je repense à ma dernière inspection, lorsque je m'étais rendu dans la maison de Rémire-Montjoly  pour que C. m’aide à préparer mon cours, tant j'étais désemparé. Mercredi ce fut à moi d’aider Céline, et je serai inspecté lundi prochain ; un repère dans le cours des cours et de la vie.

 

La lumière ne revient plus. Je continuerai à écrire à l'aide du portable, grâce à la batterie.

 

Le vent mugit. La tempête : effrayante, fascinante.

 

28 avril 2012


 

  

APRÈS TEMPÊTE

 

Lumière lavée luisante, larges pans de bleu, calme d'après tempête. Sans électricité le temps s'écoule différemment, et la maison muette, coupée du flux habituel des infos, des communications, n'en est pas ébranlée pour autant. On reprend la plume, on change l’emploi du temps, on reste encore davantage aux fenêtres. On pense aux chamois qui ont dû redescendre : le vent cette nuit sur ces dômes enneigés devait être terrible. On regarde la lumière lavée, luisante, les larges pans de ciel bleu du paysage d’après tempête.

 

29 avril 2012

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.