À LA TERRASSE DU SUD

 

 

Le bourdonnement continu des abeilles. Une mouche. La plainte d'une tronçonneuse. La clameur des passereaux (le monde chante). Cette clameur : c'est toujours, chaque matin, le commencement du monde.

La lumière blanche qui éclaire le flanc ouest des bouleaux. Une tourterelle.

L’attention se perd, le fil est cassé.

Des traînées de lumière rallument le vert vif de l'herbe, et le fil se renoue. Le sapin, très droit, très haut. La proclamation du pinson.

Dans la chaleur d'été les enfants jouent avec force cris, force gestes et plongeons. Ils disputent avec fougue une partie de cartes imaginaires, s'affrontent en une joute de pirates. « Le plus fort… » « En fait, je ne savais pas nager… » Clément interminablement chantonne devant son tracteur, assis dans l'herbe, à l'ombre trouée du bouleau. Moi je lis et corrige les copies du bac qui parlent de l'adolescence.

« Hier on criait pour retourner jouer au bac à sable / on appelait nos frères et sœurs / pour leur jeter de l’eau / aujourd'hui on ne veut plus quitter / nos réseaux sociaux / on les préfère à nos parents / qui nous supplient de venir à table »

Bon... Du bac à sable au Bac du lycée, qui vivra verra. Mais je prétends que le repli frileux sur les réseaux du virtuel et le conformisme consumériste ne sont pas des fatalités. 

Puissent ces enfants qui jouent ne rien perdre de leur folle énergie. Que la grandeur du monde les porte, les ouvre, dans la joie, la souffrance, l'écoute de la beauté, le partage, le réel. Que grandisse avec eux le monde, leur monde et le nôtre, ce mandala mouvant déployé chaque jour. 

Le garçon plonge juste au centre du monde (qui est une piscine bleue), sous l'œil aux mille pupilles du saule bienveillant, des bouleaux, du tilleul, du poète, des nuages, et la caresse du vent tiède, tous pris dans la danse de cette journée d'été (le papillon gris et orange qui s'est posé sur la table sait très bien de quoi je parle).

 

30 juin 2012