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Dans la lueur du soir, tu auras vu la fin d'un monde...

Dominique A

 

 

Ce mois d'août 2013 fut celui du dernier voyage à Madère ; peu de notes, donc, concernant Le Villard. Reste le souvenir d'une sorte de long et fastueux coucher de soleil...

 


 

 

 

 

COMMENSAUX ET PARASITES

 

  

La corneille sur le toit n’est pas un oiseau de mauvais augure : passent Annick, Joël et River, qu’elle suit en croassant fidèlement. 

 

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Tout corps est un monde, un support, un hôte composite pour toutes sortes de parasites avec lesquels il s’agit de faire bon ou mauvais ménage (et l’on n’a guère le choix). Aujourd’hui je tente, avec l’aide des deux petits aliens de mes yeux, un nouveau conciliabule, un colloque de mon corps, un séminaire sur le thème de l’homme et de cela qui l’habitent — ceux-là, celles-là, ces pensées, désirs, messages du monde qui le traversent et le gouvernent sans qu’il y comprenne jamais rien.

 

18 août 2013 


 

 

 

UN FEU PARTICULIER

 

 

La poésie exigerait donc que « je » disparaisse, que je prétende n’être rien d’autre que cendre et fumée (que je le dise en tout cas mais non que je le réalise, car il faudrait me taire alors ou courir un vrai danger) ?

Mais sitôt cela écrit je vois cette fumée bleutée là-bas qui monte du jardin de mon voisin Reinhard, et qui n’est pas « fumée », et aussitôt je sens l’exquise odeur de la résine de ce feu précisément allumé en ce dimanche d’août par Reinhard parce qu’il a taillé des arbres et ce n’est pas du tout « le feu » en général pas plus que mon voisin Reinhard n’est « le voisin » en général ; et aussitôt je vois à la fenêtre de la maison la tête de mon tout petit qui, m’apercevant au loin assis sur les hauteurs du jardin que j’appelle encore parfois « la montagne » m’appelle et me demande : « est-ce que je peux venir ? »

Si la poésie exige de moi que je renonce à l’anecdote, aux aléas, aux tout petits détails de ma vie ordinaire, sous prétexte qu’il faut tendre au général et parler à chacun en ces termes abstraits qui ne parlent d’ailleurs plus à personne, je préfère poliment renoncer à cette poésie-là, et ne parler qu’à moi-même. Comme ce feu-là et comme mon enfant ce matin n’ont parlé qu’à moi-même.

 

18 août 2013 


 

 

 

L’ÉCRITURE EST UN PARASITE

 

 

L’écriture est un parasite tôt glissé sous la peau du poète, et qui envoie ses influx chimiques pour influer sur son chemin, pour le mener à ses propres fins, le pousser au suicide, à la mer, au voyage ou au mont, le rendant fou parfois comme ces gammares infestés par deux parasites aux intérêts antagonistes, le menant à sa perte aussi bien qu’à son salut qui est de poursuivre bien malgré lui un dessein obscur qui ne lui appartient pas.

 

18 août 2013


 

 

 

L’ENFANT ET LE CRIQUET

 

L’enfant traverse le jardin en marchant étrangement, comme un profil égyptien, avec la tête tournée derrière lui, un peu crispé : « J’ai un criquet sur l’épaule ! »

 

18 août 2013 


 

 

 

LA MAISON DU TEMPS QUI PASSE

 

La femme se penche à sa fenêtre en robe de chambre, avec son jeune fils dans les bras. Puis on ne voit plus personne. Est-ce que la maison est vide ? Est-ce qu’on va voir surgir, à cette même fenêtre, des inconnus, ou bien la jeune femme devenue vieille et l’enfant un adulte ?

 

18 août 2013 


 

 

 

LA MAISON EN ÉTÉ

 

Maison alanguie dans la tendresse de l’été. Maison peuplée de grillons, de rires d’enfants. Maison dont le soleil refait à neuf chaque matin la façade. Maison que le ciel bleu protège, comme elle protège ses habitants des aléas du temps qu’il fait (mais non du temps qui file…).

 

18 août 2013

 

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.