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Seul dans la maison pour une dizaine de jours et pourtant calme, sans larmes, affairé comme s'affairent les rougequeues et les débroussailleuses. Image nette des cinq brindilles du poirier sur fond de ciel d'été.

 


 

 

 

DE LA DOUCEUR DES LIVRES

 

 

L’enfant joue. Je le regarde jouer, tente de me joindre à son jeu de pâte à modeler, vois toute la scène de loin et comme déjà passée, voilée par la conscience du temps et l'envie d'écrire ou de me replonger dans le livre que je suis en train de lire. Je prends alors dans sa bibliothèque un livre qui parle d'une graine de pommier qui grandit et donne naissance à un rameau puis à un arbre, je lis ce livre-là à mon enfant et c'est encore la meilleure façon de nous accorder.

Il y en a une autre : lassé du jeu, fatigué par un réveil trop précoce et brutal (car il a demandé à ne plus avoir de couches la nuit, et s’est réveillé au petit matin tout trempé), il se blottit contre moi et s'endort à moitié. Nous montons au bureau et il se repose un moment. Je lis Recouvrance de Frédéric-Yves Jeannet tout en écoutant — et en répondant — à son babil, et ses paroles d'enfants se mêlent aux mots du livre et font un nouveau livre que je suis seul à lire. Chaque lecteur crée ainsi son propre livre, les mots de l'auteur se superposant ou se mélangeant aux pensées, aux préoccupations du lecteur ainsi qu'aux sons, aux images, aux odeurs, aux paroles qui entourent sa lecture. 

Je rajoute quelques lignes à L'éloignement, et celles-ci sur le carnet, happé par le désir de dire, conscient de ce que l'insatisfaction qui de nouveau transparait à travers mes gestes vient d'abord de l'impossibilité dans laquelle je me trouve d'écrire — disons, du fait que je n'ai pas écrit depuis plusieurs jours et que j'ai peur d'avoir perdu le contact avec l'écriture.

Je m'affaire. Je navigue entre les mots, le silence, le passé, le présent, les paroles de l’enfant et celles des livres. L'amertume s'atténue et je goûte à nouveau quelque chose de doux qui apaise.

 

1er juillet 2013 


 

 

 

L’ORAGE A  ÉCLATÉ

 

 

L'orage a éclaté. Pendant un long moment on n’a entendu que des coups de tonnerre lointains, et le ciel a blanchi lentement. La grêle s’est abattue avec fracas, la chatte a couru se réfugier à la fenêtre où elle se trouve encore, et la chienne a gémi. L'orage s'abat sur la montagne et la vallée. On n’entend plus que la rumeur de la pluie, le grondement du tonnerre. On reste à la fenêtre à regarder une fois encore l’eau ruisseler en torrents sur le chemin et sur le toit de la grange. Ça crépite et forme au-dessus du toit une sorte de brouillard. Il fait chaud encore, une odeur de terre mouillée monte dans la maison. Crépitement renouvelé, tonnerre. Une fois à l’intérieur, la chatte oublie l'orage et tente obsessionnellement d'attraper les mouches qui bourdonnent aux vitres.   

 

7 juillet 2013 


 

 

 

SEUL

 

 

Une fois de plus dans le rêve ma grand-mère était vivante et je lui parlais. Elle avait un visage paisible, lisse, rajeuni, un peu trop pâle quand même, comme si la dernière image d'elle allongée sur son lit de mort et rendue méconnaissable par le travail des pompes funèbres et de la maladie s'était superposée à l'image habituelle. Au réveil cependant, je me souviens et la perds à nouveau.

La maison de mon rêve était encore peuplée par les enfants et Nathalie, que je venais pourtant d'accompagner à la voiture avant leur départ nocturne. Au réveil la maison est bien vide et le silence en fait une sorte de temple (parler de tombeau serait quand même excessif). Je marche à travers les pièces avec encore la crainte, si ancrée, de réveiller les petits. Cela fait trois heures maintenant qu’ils s'éloignent de moi.

Seul dans la maison pour une dizaine de jours et pourtant calme, sans larmes, affairé comme s'affairent les rougequeues et les débroussailleuses. Image nette des cinq brindilles du poirier sur fond de ciel d'été. Rumeur des oiseaux, des clarines, des tracteurs. — Il y a quelques jours s’est posé à la fenêtre un oiseau jamais observé, une fauvette épervière, ce qui a réveillé l'envie de guetter les oiseaux.

Puis je sors m'installer sur la terrasse que le soleil commence à réchauffer et me livre à ce petit jeu de lumière et d'ombre, la plume dorée traçant les signes noirs à l'endroit précis où elle rejoint son ombre.

 

8 juillet 2013 


 

 

 

EN CLANDESTIN

 

 

Habite et n’habite pas ta maison.

René Char

 

Habite ta maison en clandestin, en furtif, en voleur, en locataire absent. Nul signe ne trahit plus ta présence : pas un bruit, rideaux tirés, tout juste de temps à autre un frémissement de fantôme à la fenêtre (mais on aura rêvé sans doute), une ombre humaine à la terrasse, et l'empressement des chats tout autour de cette ombre.

Habite ton lieu discrètement, au pourtour plutôt qu'au centre de toi-même. Retire-toi dans ce silence où se déploient les voix des habitants plus légitimes : babillements de fauvettes, trilles du merle et des mésanges, chanson du rougequeue.

Les fruits commencent à rougir au merisier, dont les feuilles battent comme le balancier d'une horloge. Les chants d'oiseaux, la clameur des grillons et les voix humaines s'accordent. Dans le retrait, comme un violon laissé depuis des lustres à l’abandon, raccorde-toi. Laisse-toi duper par la douceur du soleil matinal, griser par les parfums d'été et cette liberté de mouton échappé de l'enclos (n’es-tu pas semblable à ce mouton resté pris dans les rets du filet électrique quand le troupeau s'est échappé — celui-là qu'on a libéré tantôt avec Joël et qui est parti sans un bêlement rejoindre les siens ?).

Passe le temps, passent les tracteurs (on résiste à la tentation d’écrire « les tracteurs du temps »…) car il fait beau et qu’il faut faire les foins.

Passent les martinets et passent les passants.

La petite cabane où jouaient les enfants est restée ouverte et il n'y a plus d'enfants : rien qu'une ombre démesurée dont tu te joues, avec laquelle tu joues, en laquelle tu te glisses et te confonds, habitant clandestin séparé du troupeau qui le rassurait.

 

8 juillet 2013


 

 

 

LITANIE ESTIVALE

 

 

Voilà. Plus rien à faire. Me voici seul sur la terrasse — cette terrasse que j'arpentais naguère, par une après-midi anxieuse de janvier, tentant tant bien que mal (tan tan tan) de déchiffrer les signes du futur afin de savoir si, oui ou non, cette maison qui allait devenir nôtre pourrait être le refuge un peu moins provisoire que les précédents auquel j’aspirais.

Me voici seul, et n'ayant rien d'autre à faire que de m'abandonner à la liberté d'être là. Lire. Écrire. Boire du thé. Guetter les variations du vent, de la lumière, de l'été (il y a un instant l’air était étouffant, mais le vent s'est levé et l'orage n'est pas loin, on entend déjà gronder le tonnerre — c'est peut-être seulement un avion — et le bruissement des bouleaux couvre presque la basse continue des insectes des champs). 

J'écris pour la première fois une lettre à Léo (même si plusieurs textes des livres lui étaient adressés). Devant moi sur la table, outre le bol de thé noir, j'ai placé le roman de Chardonne Vivre à Madère, que je peine à lire, et le gros volume de Jean-Claude Mathieu Écrire, inscrire. Celui-là, il a suffi que j'en lise les quelques lignes de la quatrième de couverture pour aussitôt le vouloir. (Peut-être pourrait-il nourrir le projet intitulé à ce jour Passez par les grottes !, qui tourne autour de la notion de traces autant que de l'expérience des grottes.)

Première goutte.

Premiers coups de canon.

On se replie aussitôt. Le ciel s'obscurcit. Litanie des orages d'été. La chienne se blottit contre moi, paniquée par la foudre qui s’abat avec fracas en contrebas. Puis la grêle crépite sur la terrasse, les fenêtres que j'avais soigneusement nettoyées sont fouettées à leur tour, et c'est une fois encore cette sensation d'un bateau en partance.

 

10 juillet 2013 


 

 

 

LE RÊVE, LA GROTTE

 

 

Dans le rêve un enfant qui était peut-être Léo (qui portait en tout cas ses sandales blanches), s'enfuyait un sentier caillouteux, poursuivi au ralenti par le propriétaire du vélo.

Dans le rêve je suivais cet enfant qui était un Indien au fond de la forêt. Nous entrouvrions une sorte de herse végétale et marchions un moment dans une confusion de mousses géantes. Puis nous arrivions à une grotte qui était fermée par des volets. Nous entrions. À l'intérieur, comme dans la cale d'un bateau, des Indiens se reposaient. Je m'endormais là.

Dans le rêve il était question de Maripasoula et d'une petite ville avec un ruisseau, une église, des maisons à colombages, un moulin…

Le rêve aussi est une grotte obscure où bougent les images. Il délivre des messages incompréhensibles, des messages adressés à personne par personne. Il est aussi parfois un refuge. Dans ce rêve de grotte amazonienne je me sentais paisible, protégé et heureux. (On n’en finit décidément pas avec ces idées de paradis…)

 

11 juillet 2013 


 

 

 

LE SOLILOQUE DE LA TERRASSE : SOUVENIRS DES ÎLES

 

 

Personne n'habite la maison que j'habite. Personne à la fenêtre, et personne au jardin. Dans le village en été on entend parfois des voix, des rires ; mais aucune voix, aucun rire ne vient de ma maison. Trompé par ce silence et par ce jardin qui semble abandonné, un jeune renard est venu se réfugier dans l'abri à bois, juste sous la terrasse. Sans doute s’y trouve-t-il toujours à l'heure où ma main trace ces lignes (je trouverai bien plus tard son cadavre sous le tas de bois que je dégagerai).

J'erre dans les dédales de ma maison, de ma mémoire, d'où remontent des images que je ne regarde pas. Le ciel est blanc. Un vent tiède et parfumé agite les bouleaux, le tilleul. Je bois l'ultime théière de cet excellent thé vert japonais que j'ai continué à acheter malgré la catastrophe. Les cassis mûrissent, rougissent. Le temps glisse et ce n'est certes pas de tracer ces lignes qui pourrait faire barrage à cela. Dieu merci la plume n'accroche pas mais glisse aussi, et je glisse avec elle, avec lui, je tente de glisser comme autrefois, enfant, j’écrivais, ou bien traçais des arabesques avec les lames des patins en griffant la glace. 

Le thé et le vent me ramènent à l'instant. 

L'été est agité. 

Le jeune érable a grandi et ne tient pas en place. 

Les fougères non plus, et les phrases, et le carillon qui s'affolent. 

Inscrire cela n'est pas suffisant pour s'inscrire en cela, mais c'est un premier pas : déjà je sens qu'un mouvement s'est enclenché en réponse aux mouvements, que des mots répondent aux mots, au grand mal que c’est de se sentir séparé, au grand bien que c'est de sentir quand même qu'on est là et qu’un vent vivant souffle sur la page et la peau, et que monte encore cette rumeur qui vient de loin et qui file au loin… 

La chienne vient poser sa tête sur ma cuisse et me regarde avec cet air bon qu'elle a depuis douze ans : c'est elle qui a, tout à l'heure, débusqué le jeune renard, comme naguère les pians au jardin de Rémire. Onça traverse lentement le champ d'où les moutons se sont enfuis l'autre jour (et ne sont jamais revenus). Dana se blottit à mes pieds comme le renard aussi tout à l'heure s’était blotti.

Des papillons blancs.

Un camion qui remonte à vide la route.

Le ciel blanc, annonciateur d’un possible orage.

Le jardin au vert moucheté par les taches éclatantes des pâquerettes.

Les ombres qui reviennent puis disparaissent quand le soleil à nouveau se voile.

Je laisse la plume tracer ces mots pour sentir ce contact, « l'afflux cosmique œuvrant sous le sens » (Jean-Claude Mathieu).

La paume accueille, les doigts saisissent.

La page accueille, la plume s’y enfonce. 

Freud a fait de cette dimension phallique du stylo et féminine de la page quelque chose de très sérieux, allant jusqu'à dire que la conscience du caractère sexuel de l'écriture rendrait cette dernière impossible ; allons bon… « Kant jugeait indissociable l'entendement et la main. » On sait aujourd'hui qu'une part démesurée du cerveau est consacrée au seul fonctionnement de la main. La main, c'est l'homme. L'homme appose sa main aux parois de la grotte. Plus tard, il écrit. Ma main écrit, je la regarde faire. Je suis, dans les deux sens du terme, ses va-et-vient tout comme les mouvements du vent. 

Dans la main gauche, la tasse de thé : ronde, chaude, petit foyer rassurant qui permet de retrouver cette sensation de paix qu’offrait naguère (du temps où je fumais) la pipe et, quand ma main porte la tasse à mes lèvres (sans interrompre l'écriture) de refaire à neuf l'expérience du moment, ah !

Dans la main droite, plus autonome, cavalant seule et sans faiblir depuis qu'elle est lancée, la plume d'or.

La chatte Onça rejoint la terrasse et passe sous la table, et se couche à mes pieds, et repart. 

Qui parle de demeure ? Rien de stable, ici. Je revois comme en accéléré les transformations du jardin depuis notre arrivée il y a cinq ans, et des arbres tombent, des arbres poussent, et s’élèvent ce portique pour enfants installé une nuit (pourquoi de nuit ?) ainsi que ces arbustes ramenés du jardin de mes parents et plantés un automne, et voici aussi Léo tout petit qui joue près du bouleau que j'ai depuis coupé, et Clément le rejoint qui grandit et le poursuit… Il n'y a rien de stable ici-bas, ici haut, même là-haut du côté de ces crêtes qui étaient blanches, qui sont vertes à présent, et que de grands nuages font bientôt disparaître. La table sur laquelle j'écris (où ma main écrit) est une barque, un radeau, avec la stabilité très relative du radeau et la mer tout autour...

Bientôt je reverrai  la mer — la vraie, la vaste. On survolera l'Atlantique. On aura peur, sans doute (moi en tout cas, qui déteste l'avion). On retrouvera l’île, ce rêve d’île, cette « terre de l'oubli ». À douze ans je cherchais déjà par l’écriture à revivre mon île, qui était alors celle d'Andros quelque part dans la mer Égée où j'avais accompagné mes parents en vacances quelques années auparavant et en laquelle je voyais incarné tout mon bonheur d'enfant. C'était une île qui, d'abord, nous avait paru hostile. Nous y étions arrivés un jour de grisaille (cela arrive même en Grèce). Je nous revois au bord d'un parapet, remontant une ruelle sous un début d'averse, à la recherche d'un logement que nous ne trouvions pas. Puis l’île s'était offerte à nous. Je revois les toits bleus, les maisons blanches, le soleil sur la place et le grand espadon posé sur la table que cernaient tous les chats. Je revois le sentier où pourrissait une patte de chèvre, les trois plages séparées par des collines épineuses et à chaque fois un peu plus sauvages, peu peuplées, et de couleurs différentes : sur la première le sable était blond ; sur la deuxième le sable était gris-blanc ; mais sur la troisième plage, il y avait des galets verts, le sable semblait vert, l'eau verte. Un texte de l'époque évoque cela, dont l'image, quoi que trop fixe et floue, reste encore vivante. (Repenser à cela dans les moments douloureux, dans les pires moments de la fin, c’est peut-être permettre à la souffrance de circuler.) 

J'aurais voulu que mes fils connaissent aussi cette île, qu'ils y fixent à leur tour quelques-uns de ces souvenirs heureux qui, plus tard, sont d'une aussi bienfaisante cruauté car ils permettent de se dire au moins : là-bas… j'étais heureux… et l'insouciance aussi je l'ai connue, je l'ai goûtée là-bas…

Plus tard au sortir du deuil adolescent, c'est à l’île de Bréhat que j'ai voulu renaître, puis aux Orcades, aux Shetland. Je pense encore aux Îles du Salut où je tentais de renouer avec les sensations atlantiques plus vivifiantes que la torpeur amazonienne en laquelle je m'étiolais, pendant les années guyanaises.

Mais Madère est l’île-mère qui rassemble tout cela et nous rassemble, Madère est cette part du cerveau où je dépose désormais le plus doux, le plus précieux, le plus aimant, toutes les caresses du souvenir. Madère où fut, — mais je ne m'en souviens qu'à l'instant — conçu Clément, au dernier jour d'un dernier séjour aussi pleinement heureux… 

Vivre à Madère — ce que je nomme ici Madère, et qui est, on l'aura compris, un lieu mental autant que géographique — ce n'est pas possible. Mais on peut la traverser, y séjourner un moment, en partir, y revenir. Y mourir, assurément ; y renaître peut-être. Et me revient enfin en tête cette chanson de Vasca qui conclura momentanément ce soliloque de la terrasse :

« Chacun porte en son corps une île sans rivage

Île contre la mort dont je sais le langage

C'est une île qui dort dans l'eau trouble du cœur

Et c’est l’île au trésor quand s'ouvrent les douleurs… »

 

11 juillet 2013 


 

 

 

 

FRAGMENTS DE RÊVES ENFANTINS

 

 

Je redescends un haut plateau de montagne, d'abord en voiture puis à pieds sur un petit sentier calcaire. J'aperçois au loin un troupeau de chamois aux formes raffinées, puis les ombres chinoises de miniatures agricoles — paysans au travail, tracteurs vétustes et vaches. Passent aussi des chevreuils et des cerfs. C'est le plateau des Bauges. Nous nous installons dans les Bauges. Je travaille encore à Allevard, mais nous avons déménagé dans les Bauges. Je me réjouis de ce que nous n'aurons même pas de loyer supplémentaire à payer, puisque nous laissons à la fin du mois notre maison de location pour en acheter une ici, près du Châtelard, qui nous coûtera un peu moins cher chaque mois. L’accueil des habitants est cependant hostile. On a dégonflé les pneus de la voiture. Des hommes armés de fusil nous menacent. Je suis obligé d'afficher sur le panneau de la mairie une lettre ouverte dans laquelle je raconte que jamais une telle chose ne nous est arrivée : même à Maripasoula où la violence régnait, nous avions été bien accueillis. 

Puis je suis un enfant, un jeune adolescent. Peut-être est-ce parce que cette nuit je dors dans le lit de Léo que je rêve cela. Au collège, je suis pris à partie. On m’insulte. On jette sur moi de très gros ballons de basket pour me faire mal. On me parle dans une espèce de sabir incompréhensible. Je réagis avec une extrême violence, par un discours indigné, puis des coups, des crachats s’abattent sur moi. 

Avant ou après cela (car déjà tout se brouille), une confuse histoire de course nautique à la piscine. Je m'apercevais que je ne peux pas nager la brasse car je dois passer le long d’un passage très étroit qui ne permet pas d'écarter les bras. 

Dormir dans le lit de mon fils me fait faire des rêves d'enfant. 

Puis émerge une histoire compliquée de complot atomique. Un danger immense nous menace, la préparation d'un bombardement atomique d'envergure. Le site où sont stockées les armes nucléaires se trouve près de la maison que nous avons achetée, et qui va être rasée. Les enfants seront irradiés, tout le lieu inhabitable pour longtemps. 

En lien avec ce cauchemar atomique, je rêve enfin de Voldemor (le personnage sans visage de la série Harry Potter que lit Léo). Il semblerait décidément qu'il ne soit pas anodin de dormir dans la chambre de Léo, tout imprégnée de ses rêves à lui. À l'intérieur de cette installation nucléaire, se trouve en effet Voldemor, incarné je crois en mon père (mon père n’est pas un obstacle ni un ennemi, il ne s’agit ici que d’une ruse). S’en suit un affrontement épique et confus, qui s’achève par la dernière scène, la scène du lac — qui me réveille en pleurs.

Au bord du lac, je serre éperdument contre moi Léo et Clément. Je suis envahi par un immense et douloureux bonheur. Jamais je n’ai ressenti avec une telle force un tel désir d'éternité. Je dis : je voudrais être à jamais et pour les siècles des siècles avec vous, près de vous. Je pleure. Cette unique vie passée avec vous, ce n’est pas suffisant : une fois qu’elle se sera achevée, je voudrais naître et renaître et renaître encore avec vous, mes enfants. 

Émergeant de ce rêve qui est venu mettre un peu d’intensité dans cette semi-retraite qui, étrangement, en manque tant (sans doute parce que je suis resté dans mon cadre et que celui-ci est trop confortable), je  me dis que, sans doute, ils me manquent… 

 

12 juillet 2013


 

 

 

COMME UN ÉCHO

 

 

Le soleil a disparu de l’horizon : ciel gris pâle rayé par les derniers martinets, et un seul avion. D’une maison voisine s’échappent des rumeurs de fête, éclats de voix, sono incongrue. Je devrais en être exaspéré mais il n’en est rien : j’entends là comme un écho de la Guyane (et je sais que cela ne durera pas…).

Installé sur la terrasse, je tente en enflammant une poignée de bâtons d’encens de chasser les moustiques, dont la piqûre est étonnamment douloureuse et provoque des démangeaisons persistantes (les moustiques de Guyane étaient, en comparaison, moins gênants). Dana fait des cabrioles dans le lilas ; Patawa bâille, dans l’ennui d’un soir sans passage (je l’appelle et elle reprend aussitôt son air vif habituel). S’il n’y avait cet air frais (auquel se mêle à l’instant une odeur de viande grillée dont je me passerais bien…), je pourrais me croire en Guyane.

Tout cela reste trop calme, et les chants des grillons bien trop doux…

 

13 juillet 2013 


 

 

 

 

DANS LE RÊVE, UNE FOIS ENCORE...

 

 

Dans le rêve, une fois encore, ma grand-mère était encore en vie. Elle était bien fatiguée. Elle n'avait pas réussi à cuisiner et j'avais préparé une espèce de tarte aux abricots que nous n'avions pas mangée. Je lui disais : tu me manques, je suis content de te revoir. De manière étrange et probablement banale, je constate que je pense davantage à ma grand-mère, et avec plus de tendresse, à mesure que le temps passe. 

(Ce rêve, c'est peut-être aussi parce que Valérie m'a téléphoné hier : voix épuisée, visiblement perdue.)

Dans le rêve aussi, il fallait que je quitte une sorte d'ashram indien pour rejoindre Montluçon en voiture. Je conduisais presque sans peur. Je parvenais même à me repérer avec les directions. Par chance, je trouvais un panneau indiquant Montluçon, et même, à Montluçon, un autre me signalant Belley. 

Cet ashram était clairement une arnaque. J'y retrouvais une personne vaguement croisée à Karma-ling. Tout était toc. Malsain. Étouffant.

Dans le rêve enfin, il y avait une route inondée au bord de la mer. La mer était très sombre, presque noire, et la route très blanche. Un bateau traversait ce très beau paysage. 

 

14 juillet 2013

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.