LA FAILLE

 

 

 

Tout un long jour la pluie a continué à crépiter. Les deux chattes se sont réfugiées à mes côtés et dorment, roulées en boule, tout en continuant manifestement à prêter à ce qui les entoure une attention souterraine mais soutenue (l’orientation des oreilles en atteste).

Allongé dans le transat rouge que j’avais acheté pour que ma mère puisse rester au soleil de la terrasse dans une position favorable (ce transat qu’elle avait tant bien que mal essayé mais qu’elle n’a pas pu utiliser à cause du temps, c’est-à-dire de la pluie et surtout du peu de temps qui lui restait à vivre), allongé donc juste sous la fenêtre avec les livres, les carnets et le thé à portée de la main, je suis moi-même une sorte de malade. Je regarde tantôt la vitre maculée de pollen, de fientes, de brindilles, tantôt et plus volontiers les nuages, qui font aujourd’hui comme les ripple-marks d’un fond sableux de couleur gris-blanc ; et je travaille, pauvre malade, à refaire à rebours des balades passées, revisitant Paris, traversant cette faille qui désormais sépare en deux versants la vallée de la vie…

 

29 juillet 2014