NOVEMBRE EN JUILLET

 

 

Interminablement il pleut sur la vitre à travers laquelle on ne voit plus qu’un fantôme d’arbre, et je convoque mes fantômes en écoutant la « Ballada das aguas »  chantée par Catherine Ribeiro. Comme un souvenir déjà lointain je vois la silhouette maigre de ma mère sur le perron de la maison, qui fait signe de sa main maigre à la voiture qui déjà s’éloigne. Cette vieille femme à la voix et au corps brisés par la maladie, cette vieille femme à l’esprit obscurci par l’opium des médicaments et l’empoisonnement hépatique, cette vieille femme devenue si fragile, c’est pourtant encore ma mère, qui est là encore en vie. Aujourd’hui, je peux encore lui parler au téléphone : c’est elle-même qui a appelé pour nous livrer le dernier compte rendu du médecin remplaçant vu en urgence dans l’après-midi.

Il pleut maintenant depuis quatre jours et l’on se serre sous les couvertures. On pleure beaucoup, puis on se remet au travail sans penser. Je classe des textes. Je prépare le repas. À six heures je m’empare avec une sorte de fièvre du téléphone, parce que je sais que je vais pouvoir encore entendre, même voilée et confuse, la voix de ma mère vivante. Je l’ai réveillée, elle préfèrerait ne pas parler. Le silence à venir sera pire.

Pesante attente sans illusion. On s’abrutit de pluie. On pianote des lettres sur l’ordinateur, on met en ordre des textes ou bien, on joue de l’accordéon. Pendant ce temps l’empoisonnement gagne. Nous sommes aujourd’hui le 9 juillet 2014. Il fait de plus en plus froid.

 

9 juillet 2014