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ULYSSE AUX ENFERS

 

Vigiejuin2016Ulysse

 

« Trois fois je m’élançai, mon cœur me pressait de l’étreindre,
trois fois hors de mes mains, pareille à une ombre ou un songe,
elle s’enfuit ; à chaque fois mon chagrin s’aiguisait. »

Homère, L’Odyssée, Chant XI, trad. Philippe Jaccottet

 

Violence inouïe du rêve de cette nuit.

La nuit venue je m’effondre sur le lit, tout habillé, ordinateur et carnet à portée de main, à cause des médicaments. La douleur du deuil revient avec une vigueur inhabituelle. Je décide alors de faire venir le fantôme de ma mère, sachant pertinemment que je rêve. Elle vient. Comme Ulysse aux Enfers je l’embrasse en pleurant, toujours conscient que ce n’est qu’un songe, et je prononce de banales paroles de regrets qui me déchirent le cœur.

Au matin tout ruisselle encore. Il a plu toute la nuit semble-t-il, et il pleut encore. Il ne fait plus que quinze degrés dans la maison et je peine à sortir du rêve.

Reviennent d’autres images. Je lis un carnet qu’elle a écrit il y a plusieurs années et dans lequel elle raconte un voyage à Barcelone ; dans les marges elle a ajouté des commentaires manifestement plus récents qui constituent une sorte de relecture de ce voyage faite avec le recul du temps et de la maladie, comme dans mes rêves ou mes propres carnets. Ces images-là sont sans doute liées à l’annonce et à la quasi mise en scène du cancer de Frédéric-Yves Jeannet sur Facebook, qui m’a évidemment touché.

15 juin 2016