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Septembre2016

 

Septembre : on s’étonnait encore de ce que les feuilles aient terni, et l'on partait marcher sur les crêtes roussies en quêtes des dernières myrtilles. Entre deux courses, je m’affairais quant à moi au livre de la route, et guettais les images.

Tout cela déjà loin…

 

 


 

 

 

DÉJÀ ?

 

Déjàseptembre2016

 

Que la maison à nouveau soit serrée dans une écharpe de brume, qu'il fasse de nouveau frais et humide avec ces crépitements de pluie, ces bogues qui roulent sur la route, ces feuilles froissées et ces odeurs de bois pourrissant, vraiment, on a peine à y croire. Ce qui surprend n'est pas tant la mélodie elle-même, mais l'accélération persistante du tempo.

Déjà ?

Après plusieurs mois de vadrouille les chats réinvestissent fauteuils et canapés. On se calfeutre. La trompeuse continuité de l'écriture est sectionnée de tâches quotidiennes : accompagner les enfants à l'école, au collège, à la musique ; préparer les cours, le repas ; faire le ménage, les comptes, le décompte de ce qui reste à faire ; faire réciter sa leçon à l'enfant, et le réprimander si elle n'est pas sue ; vérifier le cartable et signer les papiers ; poursuivre la correction du dernier manuscrit.

Le temps manque, le temps menace, et pendant qu'on s'agite au-dedans, au dehors, l'automne prend ses quartiers.

Déjà.

 

19 septembre 2016

 


 

 

 

LA LEÇON DE PIANO

 

Le piano

 

 

Comme les arbres et les bêtes en automne, on fructifie, on s’affaire, on prépare l’hiver en redoublant d’activité.

L’enfant avec obstination, patience ou rage s’empare du livre et annone, méditant têtu en route vers l’éveil de la lecture – et le texte, peu à peu, s’éclaire, en cette magie des mots dont on ne se remet jamais (dont il serait navrant de se remettre). Comme tu as grandi, petit lecteur, petit chanteur, escaladeur de falaises que je vois partir, éperdu de joie, avec ton premier ami ! Tu pars chaque jour pour la grande découverte du monde – cette année, tu vas choisir l’instrument qui t’accompagneras, sur lequel tu pourras t’appuyer, j’espère, comme sur un bon bâton…

La musique est une enfance qu’on garde, qu’on peut garder vivace. Assise devant le piano, Nathalie débute aussi, égrenant les notes de « Aura lee », et c’est merveille de voir, de jour en jour, les signes et les touches apprivoisées, et le temps suspendu à ses doigts fébriles.

Les pupitres se chargent de partitions nouvelles, nouveaux morceaux d’orchestre qu’on déchiffre tant bien que mal. Le tout jeune collégien qui désormais gîte en ce havre offre à son amie un concert privé, cependant que vrombissent les dernières débroussailleuses.

Allongé dans la pénombre à cause de la migraine, surveillant mon monde de loin, ému aux larmes par le moindre souvenir, les feuilles qui tombent ou la beauté de la scène, je continue à peaufiner le livre de mes soliloques routiniers – mes fruits à moi, ce livre aussi vain et aussi précieux qu’un morceau de musique.

La chatte Onça, le petit fauve qui naguère en Guyane jouait les acrobates au-dessus du hamac, reste blottie contre moi et ronronne interminablement, comme si le simple fait d’être là était pour elle la source d’un intarissable contentement.

 

24 septembre 2016

 


 

 

LES PREMIERS COINGS

 

Lescoingsseptembre2016

 

Nous avions planté l’arbre un jour de juillet plein de pluie et de larmes d’il y a deux ans ; nous l’avons vu fleurir et voici maintenant ses premiers fruits vert pomme, duveteux, brillants, que je contemple, que je caresse avec reconnaissance et cueillerai bientôt ; ainsi aussi des livres que j'écris, qui ont poussé dans le même terreau.

 

28 septembre 2016

 


 

 

EMBUSQUÉ

 

Nuageseptembre2016

 

L'enfant court sous le grand érable du carrefour et s'exclame : « Les feuilles ! Les feuilles ! »

Il y a de grands nuages et beaucoup de lumière encore, mais elle dure moins et elle aveugle moins. Le temps passe à travers les feuillages. De temps à autre un coup de feu, le chuintement d'un rougequeue, et si l'on est patient le brame tout proche d’un cerf. (Remontant le long les chasseurs cherchent celui qu'ils ont blessé et qui, sans doute, agonise quelque part.)

L’enfant court et m’annonce les nouvelles du jour : « Tu sais, on ne voit plus les hirondelles… »

L’enfant court et l’on court derrière lui, devant lui, avec lui mais toujours dépassé. Parfois on s'arrête et l'on s'accoude au chambranle. Le désir de dire reste embusqué au fond du paysage ; on le protège comme une braise – on trace en hâte ces quelques lignes pour souffler.

 

29 septembre 2016

 

 

 © Lionel Seppoloni, tous droits réservés.