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DES RÊVES EN AVRIL

 

 Vigieavril201703

 


Je marche sur une plage déserte de sable sale, à marée basse, un jour de vent. Je pleure parce que je ne veux plus vivre si loin de la mer. Je veux déménager dans un port, en Bretagne ou en Normandie. Puis je m’avise que les côtes vont de toute façon être submergées et qu’il serait déraisonnable de quitter ma forteresse montagnarde ; il faudra se contenter de quelques rares escapades côtières.

 

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C’est très étrange d’avoir l’âge de son fils. Je suis comme lui collégien, et je marche à pas pressé dans la cour, les couloirs, d’un collège que je ne connais pas, tout en lisant un livre de Jules Verne. Je me dis que je lui ressemble, qu’on va me prendre pour lui, alors qu’il est évident que je suis moins à l’aise que lui avec les gens, que je ne reconnaitrai aucun de mes interlocuteurs, et la panique me gagne un peu plus et me pousse à m’enfoncer dans les pages du livre.

 

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Assis dans le salon ma mère et moi écoutons et commentons avec enthousiasme le dernier Guidoni, Légendes urbaines. Arrive la chanson « Demain c’était hier » : « Ma mère est revenue et tous les autres aussi / des âmes inconnues me guident dans la nuit ». « Tu vois, lui dis-je, c’est bien pratique, les rêves : comme dans la chanson de Jean j’ai vraiment l’impression que tu es là et que nous nous parlons, alors que je sais bien que c’est une illusion et qu’à mon réveil, tu ne seras plus là ! » ; je me réveille alors.

 

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Cette propension qu’a l’homme à se réfugier dans le rêve sitôt que la réalité le blesse ou le déçoit ! Comme la réalité, par définition, blesse et déçoit, puisqu’elle est le temps qui offre et reprend aussitôt, il chemine inconfortablement à quelques encablures de sa vie. Fuites pathétiques, quand les projections du désir occultent, minent ou même remplacent une réalité riche et belle qu’il eût pourtant été meilleur de vivre.

La réalité, est-ce que ce n’est pas le soleil qui inonde le jardin – l’illusion, cette Cave, ce carnet, cet écran où j’écris ?

D’accord, je fuis ; mais au moins n’est-ce pas par confort – juste par impuissance –, et c’est en toute lucidité que je m’illusionne.

 

8 avril 2017

 

20/04/2017 - Lettre ouverte aux quatre vents