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SANS ENFANTS

 

Vigiefévrier2017sansenfants

 

Cette année me taraude à nouveau le désir du printemps, dont s’est enclenché ces derniers jours le premier mouvement. Je prends plaisir à le regarder venir, à surveiller les bourgeons des saules marsault qui seront les premiers à éclore, à guetter l’arrivée des rougequeues qui est à présent imminente. Je marche dans le jardin, refais le tour de la maison.

J'aime vivre dans ma maison. J'aime la sentir vivante tout autour de moi, au-dessus de moi, lorsque je reste enfermé dans la Cave. J'aime jusque dans mon silence la savoir bruissante des courses et des rires des enfants, heureuse et habitée. Nomade casanier (comme disait Gil Jouanard), je n’aime pas la quitter et j'aime la retrouver le soir après le travail ou au retour d’une de mes rares escapades. Je déteste la sentir en désordre, négligée, avec de la poussière sur les meubles ou, pire, les vitres sales − c'est aussitôt pour moi un signe de chaos et de mort (je sais, j'exagère) ; je n'aime pas pour autant faire le ménage de ses quatre niveaux, mais j'aime qu'il soit fait.

Une chose me navre plus que tout, me blesse, me fait pleurer. Une chose que je connaitrai presque à coup sûr dans quelques années tout au plus (et j'écris ces notes pour prendre date, pour les confronter à ce que sera alors l'expérience réellement vécue et non plus anticipée par ma peur) : cette perspective, cette image (mais lorsque j'y serai les années auront passé, j’aurai changé sans doute et je serai prêt, peut-être, à m'en réjouir, parce que ce sera exaltant aussi en un sens, cet envol sans abandon, ce déploiement de jeunes vies) : la maison sans enfants.

 

(La porte de la Cave s'ouvre au moment où je termine ces lignes. Léo s’empare du Pigini et joue à pleins soufflets Solotarev, Piazzolla ; installé sur le pouf rouge, Clément  l'écoute.)

 

14 février 2017

 

25/02/2017 - La route ordinaire