THÉORIE DU COMPLOT UNIVERSEL

 

Vigieavril201806

  

Deux pieds mâle et femelle de la liane Actinidia qui, chaque année depuis dix ans, nous fournissait en kiwis, sont plantés autour de la terrasse ; l’automne dernier fut le premier sans kiwis, et je constate en ce printemps que si l’une des deux lianes reverdit et s’épanouit (on suppose qu’il s’agit de la liane femelle...), l’autre reste sèche, manifestement morte et bonne à arracher.

 

Des deux grands lilas qui poussent au pied du poirier et donnaient jusqu’alors de superbes fleurs mauves et blanches, un seul a refleuri, laissant l’autre dans son ombre, rachitique, sans fleurs ; il semblerait qu’il se soit mal remis de certains travaux effectués il y a quelques mois.

 

La balustrade en bois qui entoure la terrasse a éclaté, cet hiver. Pendant dix ans je l’ai entretenue avec soin, mais elle semble cette fois irrécupérable. Comme je constate que la rouille a par ailleurs creusé un assez gros trou dans le portail en fer, je me dis que c’est tout ce qui protégeait la maison qui, au fond, a cédé.

 

J’ai vu hier, sur les hauteurs du jardin et pour la première fois en dix ans, une très belle vipère aspic glisser à toute allure sur la mousse puis disparaître dans le fouillis des noisetiers. J’aime les serpents, et cette rencontre m’a aussitôt fait retrouver les joies enfantines du naturaliste que je suis un peu resté ; mais je n’ai pu m’empêcher par ailleurs de trouver ce signe printanier étrangement menaçant.

 

L’été dernier a été marqué par des tremblements de terre, et un glissement de terrain au niveau de la retenue d’eau du Champet qui nous a privés d’eau potable pendant de longues semaines.

 

Higelin est mort ce printemps, emportant avec lui un nouveau pan des souvenirs heureux.

 

Liane morte, lilas sans fleur, pauvre hère mordu par une vipère et rongé par le venin d’une indépassable tristesse, je marche dans le jardin parsemé de pétales blancs. Les enfants jouent ; la chatte Dana fait des cabrioles pour attraper les pétales qui volent ; et moi, je me dis que c’est le monde entier qui complote pour m’indiquer, joliment mais fermement, la porte de la sortie.

 

Tango d'avril