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Les jours heureux

 

Vigiedécembre201807

 

Comme chaque année on allume le feu dans la cheminée, les guirlandes multicolores autour du faux sapin et les bougies dorées que l’on regarde lentement diminuer, jamais au même rythme, signe tangible de ce qu’approchent l’heure des cadeaux et la fin de la fête. Cela fait presque cent ans que l’on rit des gags de Charlot emporté par la tempête ou mangeant la chaussure, la bougie. Cela fait onze ans que se déroule ce rituel de la joie en hiver dans ce havre de la maison du Villard. À minuit on déchire les paquets, les enfants avec frénésie, les adultes avec plus de retenue, puis le matin revient vite et l’on efface les traces de la fête en prenant soin de ne pas aspirer par mégarde une pièce de Lego, un souvenir heureux. Les enfants assemblent avec patience les pièces minuscules. Un jazz serein résonne dans le séjour. Face au miroir j’ajuste la cravate grise et la casquette de titi parisien en fredonnant, sans insouciance, « merci pour les jours heureux ». Demain il y aura de la visite encore, des palabres, des marches paisibles dans le froid de décembre, de belles lueurs juste avant le retour de l'obscur, des adieux déchirants suivis d’un grand silence – la forêt noire et la vallée bleutée au bout de la route luisante.

 

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés. 

 

 

Adagietto 5e symphonie de Mahler