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Premières girolles

 

Juillet21 02

 

Après une matinée orageuse, on profite de l’éclaircie pour repartir en promenade. J’attache le nouveau harnais au cou de Rimski (qui a dévoré le précédent) et nous trottinons vers les bois. Il faut d’abord affronter la petite jungle des ronces, des orties et des arbustes qu’est devenu le terrain de derrière la maison, et je regrette de ne plus avoir avec moi cette machette qui, en Guyane, ne me quittait guère. Les orties brûlent jambes et bras et l’on se sent, disons, un peu plus vif, lorsqu’enfin on parvient aux grands châtaigniers dont je n’aurais jamais cru qu’ils puissent un jour devenir l’objectif d’une expédition.

Naturellement, j’ai une idée en tête. Je veux voir si les girolles sont sorties, ainsi que je le suppose, et le petit bois d’en face devrait m’apporter une réponse rapide. Qui est négative. Il n’y en a aucune. L’abandon dans lequel se trouve cette partie du bois me surprend, et la maison vue d’ici semble menacée d’ensevelissement. Tout a tellement poussé, et en si peu de temps ! Quelque chose semble nous pousser dehors. On slalome un peu dans le sous-bois, on passe devant le châtaignier creusé par la foudre, puis on débouche sur le grand champ blond. La laisse en se déroulant siffle comme un serpent, coasse comme un crapaud.

Au Grand Creux, Rimski (que je soupçonne de suivre les traces de Vidocq, le chien de mon voisin Christian, cueilleur émérite de champignons) me déporte sur la gauche, dans un endroit où je ne passe jamais, et voici dans la mousse vert pomme un superbe bouquet de girolles couleur chamois, les premières de l’été, que je cueille religieusement après les avoir admirées – et avant de les cuisiner, car le plaisir de la cueillette ne saurait rester purement visuel mais se doit de se transformer ensuite en une fête du partage et du palais !