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Au Petit Som (Chartreuse)

 

Juillet21 05

 

Un peu avant l’arrivée au modeste sommet du Petit Som (id est du petit sommet), on fait halte au-dessus du col du Bovinant. C’est un col comme je les adore, doux et sauvage, bordé d’alpages à l’herbe grasse, de lys martagon encore en boutons, de falaises et de sentiers clairs, de nuages pas menaçants.

Pour venir jusqu’ici on traverse la forêt couverte de fougères adolescentes – hautes comme des adultes mais restées d’un vert enfantin. Rimski me tracte. Au fond d’un puit on racle un peu de glace pour remplir sa gourde. L’arrivée au col émeut plus que jamais d’une part parce qu’on se remémore une lointaine escapade dans ces parages, alors davantage fleuris, du temps où ma mère était en vie (et cela sonne comme un rappel de l’incongruité de ces sept années d’absence devant lesquelles on manifeste un signe d’impatience : allons, la farce a assez duré, alors dis, tu reviens quand ?), et d’autre part parce que le chemin vert encadré par les lapiaz gris où poussent les gentianes de Koch et les rhododendrons en fleurs est particulièrement beau.

Bientôt les chocards au plumage noir luisant nous cernent de leurs vols acrobatiques et de leurs cris électriques, s’approchant, se posant, ce qui intrigue Rimski. Passé le pique-nique, les enfants jouent comme les enfants qu’ils sont sensés ne plus être tout à fait, ou pas à ce point. En contrebas passent de rares randonneurs dont les voix graves font écho à celles des enfants plus haut dans le pierrier. Soleil et nuages alternent dans le ciel de ce jour incertain, et les verts comme toujours sont plus beaux quand le temps est couvert.

On s’allonge dans l’herbe. On rêvasse. On rajeunit.

Parvenus au sommet Rimski et moi prenons la pose, éblouis, en plein soleil, devant l’objectif d’Élodie pour, dis-je, la photo officielle d’À l’abade (un écrivain qui est accompagné d’un samoyède ne peut manquer de bien écrire, et je lirais pour ma part son livre rien que pour la bonne tête de son chien !).