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La voix vibrante d’Annkrist

 

Juillet21 07bis

 

Parmi toutes les voix qui m’accompagnent depuis l’adolescence, celle, vibrante, tremblante, grave et douce, écorchée et caressante, d’Annkrist, bien souvent me revient en tête, comme sortie d’un rêve un peu fébrile – car la seule fois où j’ai eu la chance de la voir sur scène, vers l’âge de 13 ou 14 ans à Chambéry en 1988 ou 1989 (j’ai la mémoire qui flanche), une forte fièvre aurait dû me maintenir au lit et il avait fallu insister un peu pour convaincre mes parents de me laisser sortir.

Je la revois comme si c’était maintenant, chevelure rousse flamboyante, le cœur à nu, vacillante, fragile, nimbée d’une étrangeté sans fond (de son parcours on avait alors appris quelques bribes qui n’avaient fait qu’ajouter au mystère de sa présence) et pourtant portée par la force de son chant, et simple aussi, amicale, chaleureuse – et je revois encore la dédicace tracée sur l’affiche bleue que j’ai conservée des années durant dans ma chambre d’étudiant, « à Lionel, ce petit lion qui est surtout un oiseau rare. »

J’écrivais des textes à partir de ses chansons. J’écoutais, inlassablement, et j’écoute encore, « Enez Eussa », « D’orage et de cerise », toutes les chansons de Bleu colbalt, Ange de nuit et de la demi-dizaine de disques majeurs laissée par la dame en bleu, que je n’ai jamais revue.

Il y eut un appel, un soir, à la maison. Une chanson, « La beauté du monde », enregistrée en public et en Bretagne au début des années 2000 dans un disque collectif. Cherchant sur Internet je retrouve les traces d’un concert qui aurait été donné en juin 2018 (je traverserais sans hésiter la France pour la revoir). Je retrouve surtout aujourd’hui un enregistrement vidéo d’une qualité exécrable, mais incroyablement précieux, d’un retour scénique en Bretagne qui date peut-être de 2002 (ou bien plus récent), auquel mes parents avaient eu la chance d’assister – je leur dois cette bande, récupérée auprès d’un spectateur inconnu (merci à lui), où l’on entend de nouvelles chansons, mais il faut tendre l’oreille, et d’anciennes que je connais toujours par cœur. Annkrist y apparaît d’abord dans toute sa fragilité, puis gagne en puissance, en aisance, portée par l’enthousiasme du public venu au rendez-vous.

Je consacre une bonne partie de la journée à retravailler cette bande pour la mettre en ligne sur le Net, de même que le disque Ange de nuit. Ceux qui connaissent, me dis-je, apprécieront – et peut-être certains découvriront-ils, maintenant ou plus tard, la beauté presque insoutenable de ces mots :

J’ai le souvenir de quelques grappes humides
Qui s’écrasent à la fenêtre translucide
Je rêve tant…