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Vigiesept21 01

 

 

Combien de jours encore à contempler l’automne ?

H.-F. Thiéfaine, Géographie du vide

 

D’aucuns prétendent qu’à mesure qu’on avance en âge on prend de l’assurance parce qu’on a « du métier » ou « de la bouteille », on connait mieux la vie, on sait ce que c’est que l’automne et l’hiver, on sait mener sa barque ; c’est, comme toutes les généralités, un peu vrai, un peu faux – un peu plus vrai au mitan de la vie, puis de plus en plus faux.

Rarement j’ai vécu le retour de l’automne de façon si tendue, à cause du changement de rythme que j’endure plus mal, à cause des nuages sur la rentrée de Léo en Première (celle de Clément en Sixième fut pour lui insouciante), à cause du cancer qui bave aux lèvres de ma vieille minette de Guyane et de cette odeur de cadavre qui ne me quitte plus dès que je m’assois au bureau pour écrire (car, bien sûr, la bête reste lovée sur mes genoux, et ronronne, et cherche mes caresses), à cause de tout ce que mon bon chien blanc ronge de jour en jour dans la maison et le jardin, liseuse, livres, meubles, trampolines (car ce despote n’est pas seulement un coach sportif impitoyable mais aussi un maître bouddhiste qui apprend la patience et le détachement des biens matériels), à cause du train à prendre, de la route de nuit et de la barrière qui ne s’ouvre pas, à cause de la pandémie toujours en cours, à cause de tout ce qui s’amoncelle à l’horizon comme perspectives inquiétantes.

À chaque marche pourtant l’anxiété relâche un peu la pression de ses dents, et le monde respire.