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L’été

 

 

Vigie0522 11

 

 

Soleil d’été sur les lilas dont les pétales commencent discrètement à brunir et dans lesquels les scarabées dorés se vautrent avec une volupté silencieuse. En quelques jours les feuilles brillantes des figuiers ont pris dix centimètres. Pépiements d’un moineau domestique devant la grange, chant d’un rouge-gorge, chant des insectes partout dans les champs refleuris de scabieuses. Il n’est plus nécessaire de se pencher pour voir les insectes ou les détails des fleurs : c’est le sol qui semble monter vers nous. Ces silènes mauves qui couvrent le talus ombragé se nomment paraît-il des « compagnons rouges ». J’avance ainsi, entraîné par mon compagnon blanc et entouré par ces compagnons rouges de l’été.

Car c’est l’été, indubitablement. Ici on installe les gros rondins d’une clôture anti gibier. Là-bas on débroussaille les bordures. Partout ça chante, ça fleurit, ça s’agite, ça déborde de beauté et de vie.

Il n’y a presque plus de pétales au pied du pommier, sur le chemin de la Martinette caressé par le vent tiède.

Passé la lisière on pénètre à l’intérieur des choses, à l’intérieur du monde, pas moins vivant et vibrant que les oiseaux invisibles désormais parmi les feuilles. Tout semble à la fois plus précis (les troncs sont très nets) et plus flou (les feuillages se mélangent). Peut-être on se moquerait de moi si je disais qu’aujourd’hui je me suis perdu dans la forêt en faisant sans dévier le même tour que d’habitude, mais c’est exactement la sensation que j’ai : celle d’une perte heureuse, d’un petit abandon plaisant.

Je reste conscient de mon corps, de la sueur à mon front ou de la tension particulière au genou gauche, et traversé aussi de temps en temps (comme on peut l’être par une bouffée d’air chaud au détour du sentier) par des pensées personnelles, parasites peut-être, mais parasites faciles à envoyer valser d’une chiquenaude mentale comme on le fait avec les tiques innombrables qui s’accrochent aux longs poils de Rimski.

Sur le moment j’analyse assez peu, mais je me dis après coup que cet état d’esprit, globalement de porosité, de curiosité, d’attention renouvelée, est favorisé par les changements de saison. Ainsi ce n’est pas vrai que je suis rétif au changement : j’aime beaucoup passer du printemps à l’été.

 

12/05/22