Premier repérage

 

Clan03 

 

Le désir est revenu, c’est indéniable, stupéfiant et sans doute provisoire : désir de marcher, de grimper, de rouvrir un layon entre les ronces et les fougères, de dégringoler la pente couverte de feuilles. Un enthousiasme enfantin me saisit, que je n’avais pas ressenti depuis plusieurs années : je pars maintenant pour le premier repérage, en quête d’un abri.

 

Je suis jeune encore, je marche d’un bon pas, humant à pleins poumons ces parfums de terre et de feuilles pourries qui stagnent dans le sous-bois, et savourant l’âcre odeur de l’insecticide qui, mêlé à celui de la sueur, me ramène au temps de ces marches amazoniennes dont je garde la nostalgie.

La Guyane est ici, dans cette faille de la montagne et du temps : il suffit d'écouter le fracas du torrent en se frayant un passage entre les sapins, puis de suivre la trace qui descend en pente raide juste à l’endroit où poussent les bolets rudes orangés.

 

On glisse sur les rochers, on franchit des barrages de bois flottés, on se trempe, on repère les pierres où graver. Ici la roche est vraiment trop humide, couverte de mousse épaisse et maculée de terre ; là-bas le sol est trop accidenté pour permettre un bivouac. On finit cependant par trouver notre premier abri sous roche : une ouverture assez large et relativement sèche à dix mètres au-dessus du Nant, défendue par des herses de ronces qu’on abat et qu’on franchit sans peine.

 

Inscrit naturellement dans la pierre en veinures rouge foncé, voici le tracé d’un mammouth : on nomme ce lieu l’abri-mammouth.