Le visage du Nant

 

Clan02

 

La route pour venir jusqu’ici n’est jamais la même : on ne louvoie jamais entre les mêmes pierres, on ne dérape jamais sur les mêmes embûches, contournant par la gauche l’obstacle hier contourné par la droite et avant-hier gaillardement escaladé.

Je connaîtrai vraiment le Nant lorsque je l’aurai entièrement remonté et descendu en ayant épuisé toutes les possibilités de cheminement depuis la route D 207 jusqu’aux crêtes du Champet, et ce par toutes les saisons ; autant dire que cela laisse le loisir de continuer longtemps ce jeu de jeune loutre.

Sitôt arrivés à l’abri les enfants se jettent dans l’eau, puis recommencent à casser des cailloux ; puis ils contemplent le feu qu’ils sont censés entretenir, feu dont la fumée encore épaisse à cause du bois humide suit le cours du ruisseau.

Moi, je contemple le visage du Nant, le rêvant, l’imaginant, l’inventant en quelque sorte comme on dit qu’on « invente » la grotte que l’on découvre : je découvre le Nant.

J’en aime les détours, les éclats, les lumières et le chant grave et doux. J’aime cette façon qu’il a de transformer en danse le contournement des obstacles et les ondulations des rayons de soleil traversant les feuillages.

Je sais que des chasseurs assez nombreux, des pêcheurs d’écrevisses peut-être, sont passés par ici, bien avant moi, plus vivement et bien plus loin que moi ont remonté le Nant, mais personne ne l’a regardé ainsi que je le fais aujourd’hui, en se confiant à lui.

 

Si je ferme les yeux je le vois.

 

Si je bouche mes oreilles je l’entends.

 

Cette nuit je rêverai de lui – au risque de bientôt préférer mon rêve à sa réalité.

 

Une seule chose, pour l’heure, m’attriste : devoir quitter l'abri.