Sans abri

 

Clan07

 

Quel abri ? Aujourd’hui l’eau ruisselle sur toute la paroi et tombe à l’intérieur. Il pleut sur la forêt, les gouttières des arbres ont crevé et l’on entend, mêlé à celui du Nant, une sorte de grondement continu venu du ciel. Le feu ne prend pas. Il n’y a plus de bois sec et je n’ai réussi qu’à enfumer mon abri.

 

J’allume un bâtonnet d’encens, une bougie, je m’assois en tailleur et j’attends, et j’oublie.

 

Pas d’enfants.

 

Je suis seul.

 

Je ruisselle.

 

Plic et ploc, plic et ploc.

 

Je sens bien que je ne suis pas fait de la même roche que cet abri de granit ; en moi il n'y a pas seulement des failles : c'est toute ma roche qui est un calcaire tendre et poreux, creusé par l’eau, bien lisse, bien fragile.

 

Posé ainsi au fond de mon abri je deviens une sorte d’offrande, une toute petite statuette gravée et polie par un artisan minutieux, raffiné − un bibelot préhistorique.

 

Ce qui se célèbre à travers moi c’est la fragilité, la petitesse de l'humain face aux grands arbres, à la grande montagne, à la pluie de septembre, au grondement du Nant, au grondement du temps.

 

 

Le feu n’a pas pris, ne prendra pas. L’encens est fini. La bougie s'est éteinte. Je reste assis seul au fond de mon abri, sans désir, sans passion, sans corps, hors d’atteinte, protégé, exposé, avec l’eau froide qui goutte sur mon nez.