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LE CHAMOIS

 

Attente à Passy

 

Embusqué de nouveau face à un chamois débusqué, un pic noir en vol, un tétras-lyre, sous le haut plafond noir que percent les projos, j’attends et j’écoute.

À main gauche on parle du « problème du loup » et trouve ridicule de réintroduire les vautours en montagne.

Une jeune fille frappée par la vie (sous la forme d’un train et d’un deuil simultanés), soutenue par sa maman, présente son manuscrit et dit doucement, mais fermement, comment l’écriture l’a sauvée. Elle me touche.

Passe le temps, passe l’attente. De temps à autre un curieux, une curieuse, s’approche, feuillette, bavarde, emporte un livre sur lequel j’appose le sceau imbibé d’encre rouge que Jérôme m’a offert, et le temps de séchage oblige ensuite les lecteurs à repartir en tenant à la main, comme une offrande, le livre ouvert.

« Il y a des gens, des visages… »

Cela fait trois heures que le chamois qui me fixe de ses beaux yeux sombres n’a pas cillé.

Cela fait quatre heures que le pic noir sort de son nid.

Le temps m’empaille.

Je tourne le dos à la montagne.

J’écoute Lionel raconter les années heureuses, aventureuses, insouciantes que je n’ai pas connues mais dont j’éprouve la nostalgie.

« Le temps n'effacera jamais ce que je n'ai jamais eu. »

Je regarde dedans, je regarde dehors, je regarde en avant, je regarde en arrière, et je ne sais vraiment plus où est la route à suivre.

 

Passy, 13 août 2017

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.