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DERNIER RETOUR

 

Elle est toujours triste, la route du retour — celle qu'on prend à la fin du dernier jour de travail en laissant derrière soi un goût d'inachevé, une sensation brouillonne de papiers froissés et de feuilles non triées. On voit s'éloigner dans le rétroviseur des visages connus, certains presque déjà oubliés. On traverse un paysage spectaculairement embrumé. 

Brume partout, écharpes et serpents de brume, fumées, petits feux allumés à l'horizon d'un couchant qu'on ne verra pas. Gyrophare orange tournoyant dans la brume. On part, on s'en va, avec en tête des souvenirs épars qui papillonnent, des images d'enfance et d'accident dans la nuit, des images d'hiver. 

La route du retour est belle et triste, qui se perd soudain complètement dans le brouillard. Deux chevaux se lèchent, se serrent, tête contre tête. On voit au bout du brouillard quelques lueurs pastel. 

On se dit qu’on va pouvoir faire relâche, qu’on le pourrait, qu’on va pouvoir. On va pouvoir laisser passer, laisser parler son bon cœur, se montrer bon, doux et faible, serrer contre soi ceux qu'on aime et leur dire qu'on les aime. On va pouvoir se laisser aller à la douceur. 

La route ce soir est belle, que bornent les lueurs vers lesquelles on remonte et qui annoncent le havre, la paix de la chambre, la musique, l'écriture. On va pouvoir une fois de plus tenter d’oublier que la route a une fin.

 

18 décembre 2014

 

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.