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Routeseptembre201502 

 

De retour sur la route aux premiers jours de septembre, tout semble assez neuf et lumineux pour que spontanément s'allument les flammèches d'un poème. Je me dis que j’ai assez raconté, que c’en est fini de la prose ! Je me dis cela de temps en temps, ce qui montre à quel point le poème reste l’horizon de toute cette masse de prose accumulée ; en général, faute de travail, faute de temps pour travailler mais aussi de goût assez prononcé pour peaufiner après coup la langue comme on revient sur une esquisse pour en faire un tableau, je n’atteins pas au poème, les barrières que j'avais cru lever s'abaissent et je reviens vite à la prose, n'ayant livré que des lambeaux, des bribes, des « traces »; il me semble cependant (le recul manque encore) que ce mois-ci plus que d'habitude le fil a tenu bon, et que jamais ces trajets ordinaires n'ont été aussi près du poème…

 

 


 

 

 

COMME UN PREMIER SEPTEMBRE

 

 Route01092015

 

 

Stable et droit comme

la route entre deux virages

le châtaignier aux bogues tendres

le dragon dressé de Belledonne

qui voit venir septembre.

 

Courbé, fuyant comme

les lignes noires du bitume

les doigts torts du vieux cerisier

la falaise du mont Granier

au soleil de septembre.

 

Très lent, hésitant comme

la Peugeot Partner du vieil homme que je suis

le chat en chasse dans le champ

le brouillard accroché à l’ubac

le soleil de septembre.

 

Alerte et en alerte comme

les feux les géraniums rouges

le chat qui bondit par deux fois

la corneille sur son piquet, l'écolier

en ce premier septembre.

 

Assoupi, alangui comme

le papi là-devant qui sans raison s’arrête

la maison du repli aux fenêtres éteintes

le vieil adolescent au dernier jour d’été

qui refuse septembre.

 

Rouillé, fané, usé comme

le ventre de la voiture, la croix du carrefour

les fleurs des hortensias

les grilles de l’hôtel

le soleil de septembre.

 

Stable et ferme comme

la grande église d'Arvillard

les Grands Moulins au-dessus du brouillard

les pylônes noirs, la maison jaune

la dernière ligne droite

 

qui ouvre sur septembre.

 

1er septembre 2015

 


 

 

LA PETITE CANTATE DE LA BRUINE

 

 Route02092015

 

Le piano de la pluie

martèle sur la route

ses notes serrées

qui s'espacent

qui s'arrêtent

qui cèdent la place à

un grésillement de fin brouillard

une petite bruine silencieuse, on dirait

un morceau de Satie.

 

Le paysage alors

se resserre, se densifie

autour de la route qu'on dirait plus étroite

au pied de ces montagnes qui ont perdu la tête.

 

On frôle un fossé

on se fraye un chemin et le poème

se perd ici –

cette petite cantate de la bruine

interrompue.

 

2 septembre 2015

 


 

 

 

 DIALOGUE AVEC LA ROUTE

 

Route03092015

 

− Dis-moi ce que tu donnes !

− Je donne ce que tu nommes, je donne

tout ce que tes mots éclairent

(car sinon c'est la nuit,

la confusion

de l'innommé).

− Mais aujourd’hui, dis-moi ce que tu donnes !

− Les frémissements d'eau du saule

la mousse sur les murs de ce passage étroit

le flou des frondaisons

un grand tronc couché où asseoir tes souvenirs

un bouquet de soleils sur fond de matin gris

le vol d'un geai, l'acquiescement du cheval

qui semble te saluer

je te donne la possibilité de faire ce voyage immobile

à travers les formes et l'espace :

mets t'en plein la vue, c'est offert

il y a là-haut de vastes perspectives

où ton œil peut planer comme ce gypaète

qui est passé, tu sais, l’autre jour au village…

Je te donne un virage

pour la vigilance et la sensualité

une ligne droite pour l'impatience

un carrefour pour la liberté

le petit cimetière pour te rappeler

à quel point je suis brève

une Croix pour te montrer le Ciel

le parfum des sous-bois pour revenir sur terre…

Je donne ce que tu nommes

ce que tu apportes toi-même

ce que tu portes en toi, ce que tu veux

vraiment, tu vois c’est très facile

de s'exercer à ce jeu de parler avec moi

comme l'enfant qui appose sa main maculée d'ocre sur la paroi

où les grands ont fait apparaître la fresque des mammouths

je suis route « participante »

je donne ce que tu rêves

c'est sans raison, c'est sans contrôle

ça ne dépend ni de toi ni de moi mais

je donne ce que vraiment tu veux

ce que vraiment tu cherches :

un monde à dire, à vivre, à traverser.

 

 

3 septembre 2015

 


 

 

 

PREMIER FRIMAS

 

Routeseptembre2015frimas 

 

Au premier frimas

la route comme un reptile

se contracte. Les enfants

soufflent sur leurs doigts.

Dans l'ombre qui dure le chien couché

ressemble au renard

qui gît un peu plus loin dans l’ornière.

À la fenêtre du chalet la femme

surveille les crêtes

elle dit qu'il fera encore beau

passés les frimas du matin

elle dit que c'est l'automne.

La voiture file

sur la route

qui se contracte

on voit de la fumée à la croix du carrefour

un vieil homme promène ses chiens

deux enfants se chamaillent

il est huit heures à peine en ce sept septembre

on peut flâner, le temps

n’est pas venu encore

de trembler pour de bon.

 

7 septembre 2015

 


 

 

 

ATTRAPÉ AU VOL

 

Routeseptembre2015attrape

 

  

Dans le poème attraper vite au vol

un peu de l'or de cet automne

renaissant. De ces débris de feuilles

qui s'entassent dans les ornières

stériles de la route,

faire son humus ;

de ces tout petits fruits

qui ornent le poirier sauvage

faire offrande

à tous les oiseaux du Livre ;

de ces villages passer les perles

au collier de la route ;

des ruches rouges de septembre

faire son miel pour l'hiver.

 

8 septembre 2015

 


 

 

 

LES TRAVAUX

 

Routeseptembre2015travaux 

 

« Attention travaux »

vitesse limitée, route rétrécie, visibilité

contrariée – de loin en loin les panneaux bariolés

annoncent des travaux qu'on ne voit pas venir

qu'on attend à chaque virage

mais qui n'ont pas commencé à cette heure

seul le soleil avec l’ombre travaille

à façonner sur le bitume et le pare-brise

des figures compliquées

travaux en attente ou en cours, travaux

pour maintenir ouverte la voie étroite de nos vies

pour l’élargir ou l’embellir peut-être

pendant qu'on peut. Sur la place du bourg

les ouvriers aussi travaillent

dans le grand champ le paysan

a rassemblé le foin en buttes rectilignes

entre lesquelles fourragent les corneilles

on travaille, tout travaille

moi aussi je roule vers le travail 

le rêve de la route

me travaille.

 


9 septembre 2015

 


 

 

 

LA LIGNE BLANCHE

 

Routeseptembre2015ligneblanche 

 

Sur le patchwork gris de la route elle est

éblouissante, la neuve ligne blanche

dont les traits intermittents sont

ligne de partage, ligne de flottaison

et mon fil d’Ariane pour les nuits de brouillard.

Elle rappelle de façon éclatante aux chauffards

(mais qui le sait ?)

qu’on n’a ici le droit de dépasser que

les tracteurs, les vélos, les charrettes

et autres véhicules excessivement lents.

 

Je suis la ligne neuve qui longe aussi

les câbles électriques

les fils du téléphone

les grillages, les clôtures

toutes ces frontières sans barbelés

qui délimitent mais qui n’enferment

que ceux à qui le monde fait peur.

 

Je suis les lignes blanches

de la route, de la montagne, du poème, du nuage

et me murmure à moi-même qu'on pourrait,

de ligne en ligne aller assez loin, voyez-vous, rassembler

humains et non-humains, nantis et démunis

reliés, réunis

dans un monde sans peur –

on pourrait...

 

10 septembre 2015

 


 

 

 

PASSÉ L’ORAGE

 

Routeseptembre2015passéorage 

 

 

Passé l'orage toute la pluie

tombe de la montagne

en ruisseaux, en torrents, en cascades

toute la pluie

tombe.

 

Un lac blanc flotte

au-dessus de la vallée

un beau lac de brouillard tout brillant

comme un mirage

flotte.

 

Deux jeunes chevreuils

(orphelins, probablement)

broutent au bord de la route

sans plus se soucier des voitures –

la chasse suivie d’un pareil orage

c’en est vraiment trop !

 

Passé l'orage tout parait neuf

et l’envie de vivre 

se ravive

on s'est arraché enfin

au chaos de la nuit

la route ruisselle

que les gens de l'équipement

à grands coups de tronçonneuse

viennent dégager :

 

Passé l'orage

la route de l'automne

est ouverte.

 

14 septembre 2015

 


 

 

 

SOLO DE SEPTEMBRE SUR MA ROUTE JAZZ

 

 Routeseptembre2015solo

 

À la radio Michel Portal se demande

pourquoi les musiciens en solo

n'improvisent pas davantage :

« un paysage défile

on se raconte

tout entier pris dans l’instant

mais surtout

un paysage défile... »

 

Impro en solo

sur ma route jazz

trouble, trouble

pare-brise embué

crissent, crissent

les essuie-glaces qui raclent

la vitre extérieure

et ça swingue dans les virages

ça se presse dans la descente

ça balance, ça secoue

conduite saccadée

sur la route jazz

ça jase naturellement

dans tous les fourrés 

ça cancane et ça aboie

dans le village en passant

c'est sans peine et sans refrain

sans intention et sans plan

échevelé ce matin

comme noyers après l'orage

comme nuages à flanc de crête

ou ma tignasse d'automne –

c’est l’instant vivant

où tu vois de ta voiture

ton paysage danser.

 

Silence 

murmure sans moteur

soudain tu perds le fil de la route

comme se perd le paysage

dans le brouillard de septembre

une corneille est posée

sur une tombe tu la vois

qui croasse ou qui se tait

derrière le mur du cimetière

et ton jazz se fait morose –

 

solo de septembre

pour route perdue.

 

15 septembre 2015

 


 

 

 

LA ROUTE OU LA VIE

 

Routeseptembre2015lavie

 

 

Au long de la route tu ne regardes

pas la montagne ni la pluie ni l'automne

qui rallume ses feux de paille.

 

Au long de la route tu ne prêtes

qu'une attention distraite au chien noir

bien campé dans le pré vert

et qui lui, regarde vraiment

son maître ou la proie (va savoir)

à l'orée du bois.

 

Au long de la route tu n'écoutes

ni le crépitement de la pluie ni la musique

pourtant divine

que diffuse la radio. Tu ne jettes

qu'un regard furtif et navré

aux chasseurs armés qui patrouillent.

 

Au long de la route tu ne regardes pas

différemment la vieille dame penchée

sur les légumes de son jardin 

à la sortie du village

et ces vaches dans le virage

courbées sur leur herbe

 

tu ne regardes pas les crêtes 

quand tu redescends vers Belledonne

ni le vol du casse-noix

tout occupé ce matin

à faire honneur à son nom

ni les travaux d'Arvillard

ni le vol noir des corneilles

ni la croix rouillée

ni la fumée de l'usine

ni le pont-frontière sur le Bens

ni la maison jaune

ni les châtaignes écrasées

ni les pommes du verger

ni les coings au doux duvet

ni le mur du cimetière.

 

Au long de la route

ce que tu regardes filer

c’est ta vie.

 

16 septembre 2015

 


 

 

 

LA ROUTE ET « L’EAU VIVE »

 

Routeseptembre2015eauvive

 

Route vive surprends moi

j'ai beau savoir je ne sais pas

ce qui m'attend

à ton prochain virage.

 

Que m'étonnent

tes chutes de feuilles

et ces perspectives océanes

qui tremblent au bout de tes bois.

 

Que m'étonne

le miroir que tu me tends

déjà ruisselant

des embruns de la tempête.

 

Que m’étonnent

ces deux chevaux gris qui galopent

dans le vent d'automne −

et m’étonne ce vent d’automne.

 

Route donne-moi

quelques-unes de ces bourrasques

quelques-uns de ces orages

qui ravivent en nous le sauvage.

 

Merci

pour la course des nuages

sur les crêtes du Granier

à la proue de la tempête

 

merci pour la pluie

pour la courbure des chevaux

pour « L'eau vive » à la radio

pour tout cela que la mort

 

n'arrête pas.

 

17 septembre 2015

 


 

 

 

LA TRISTESSE

 

 Routeseptembre2015tristesse

 

Même en mouvement

même sur la route

même avant l'hiver

à cause du renard renversé

à cause des ruines du moulin

et de la maison oubliée

à cause du vieux mur qui s'effrite

et de ta jeunesse qui s'obstine

à te filer entre les doigts

même en mouvement

même saoûlé d'images

même dans la cage

confortable de ta voiture

malgré les lumières

malgré les couleurs

à cause de l'automne

qui aiguise sa lame froide

à cause du jour qui ne vient pas

et d'« Oblivion » de Piazzolla

à cause de l'enfant qui grandit

et de tous ceux-là perdus sur les routes

de la fuite et de l'exil

à cause des roses fanées

et à cause de ce rêve

où ta mère était si vivante

qu'il te semble l'avoir laissée

de l'autre côté de la route

où elle t'attend et te fait signe

 

par le nord et le sud

par l'ouest et par l'est

de tout côté te revient

la tristesse.

 

21 septembre 2015

 


 

 

 

DES PRÉPARATIFS

 

Routeseptembre2015cequisetrame

 

Vieil homme, qu'est-ce que tu prépares,

avec ton tas de bois, ta hache rouillée

et ta besace, et tes silences –

quelle sale saison, quel départ ?

 

Et toi scribouillard,

avec tes va-et-vient bavards

et ces traces que tu entasses,

qu'est-ce que tu prépares ?

 

Petit mec qui passes en traînant

ton sac lourd sur le chemin du collège

avec tes cheveux en pétard et ton cuir

noir, qu'est-ce que tu prépares ?

 

Qu'est-ce qui se prépare

au bout de ta route

dans ces éclats, cette pâleur

qu’est-ce qu’on te prépare ?

 

Qu'est-ce qui se prépare

dans l'humus des feuilles tombées

au fond du ravin

qu'est-ce qui se prépare ?

 

Qu'est-ce qui t'attend 

qu'est-ce que tu attends 

quel envol, quelle chute 

qu’est-ce qu’on te prépare ?

 

22 septembre 2015

 


 

 

 

« VOIR VRAIMENT »

 

 Routeseptembre2015voir

 

 

« Voir, voir vraiment

c'est ne pas mourir »?

 

D'abord savourer le flou

savourer le vague

savourer les vagues

de la pluie sur le pare-brise.

 

Voir le trouble

accepter d'être troublé

faire tout pour cela.

 

Et puis d'un coup d'essuie-glaces

passer d'un flou à un autre :

le brouillard,

fumée d'un feu étouffé

cocon trempé d'où émerge

la chrysalide du réel.

 

« Voir vraiment

c'est ne pas mourir »

cette idée comme une lampe

éclaire toute chose de l'intérieur −

et jusqu’à ces paroles

esquisses griffonnées dans l'air

plus inconsistantes encore

que gouttes sur le pare-brise.

 

Juchée sur son piquet une pie

bat de sa queue la même cadence

que les essuie-glaces.

 

Ici la route est lisse et luisante

comme l'eau d'un ruisseau

sous les frondaisons des arbres.

 

Ce cheval gris

comme un nuage

détaché de la montagne.

 

Voir sans fin

voir à la source

de la sensation de voir :

ce désir de voir

est désir de vivre.

 

23 septembre 2015

 


 

 

 

LA JOIE

 

Routeseptembre2015joie

 

Trois

degrés, petit froid

heureux

petit froid

lumineux

toutes les ombres les buées bues

par l'automne

montagne rousse

feuilles jaunes

feu orange

pommes rouges

et coings dorés reluisent

entre les bandes blanches

du brouillard en contrebas

et des Grands Moulins enneigés.

 

Trois

degrés, petit froid

heureux, petit froid

lumineux, qui réveille

le félin assoupi de la joie.

 

24 septembre 2015

 


 

 

 

ROUTE SÉRIELLE, MUSIQUE OUVERTE

 

Routeseptembre2015sérielle

 

Toujours la même route

que l’on parcourt en vingt minutes

aux mêmes heures

dans les deux sens.

 

Toujours les mêmes repères

la maison rouge le bourg l’église le pont

la haie de saules têtards les massifs

de Belledonne de Chartreuse et des Bauges

le stop, le cimetière.

 

Entre ces repères d'une fixité

toute relative on dispose

des silences aléatoires

de la brume des nuages des paroles

ouvertes au hasard

non pour tenter de maîtriser

ce que celui-ci peut avoir d'inquiétant

(et qu'on nomme imprévu, accident)

mais pour révéler ces changements de rythme

ces battements ces pulsations ces perspectives

qui font de toute route un poème.

 

Musique sérielle

sans obsession mathématique

poème ouvert

au hasard que rien n'abolit

mais qui renait de la rencontre réitérée entre

un observateur-scripteur embarqué

sur cette route montagnarde

et la forêt les météores les crêtes les bêtes qui la traversent –

tout ce qui passe, tout ce qui reste.

 

Sur l'ancien hôtel en réfection on a posé

des fenêtres neuves

à travers lesquelles on pourra voir bientôt

les collégiens aller en bandes

attendre le bus sous le ciel brouillé,

et les corneilles, les pommes rouges

qui roulent sur la route tendue

entre deux hasards.

 

28 septembre 2015

 


 

 

 

LA ROUTE JAUNE

 

Routeseptembre2015jaune

 

Une tache jaune

à travers la buée

ma route est jaune

jaune le gilet de la femme qui y fait son jogging

jaunes les petites lumières à l'intérieur des maisons calfeutrées

jaunes les feux du bus qui jaillissent quand on ne s'y attend pas

jaunes les panneaux des travaux les gyrophares

et le feu pour passer

jaunes les derniers soleils dans les jardins trempés

et les premières lueurs aux branches des saules têtards

qui se dénudent peu à peu

jaune pâle le champ de maïs en contrebas

jaune vif la bordure du trottoir au carrefour de Presle

jaunes les boutons d'or épars sur le vieux mur

et les réverbères allumés devant le cimetière

jaune la boîte aux lettres à La Chapelle du Bard

et la publicité pour les pneus Pirelli

jaune l'enseigne de l'hôtel-restaurant Le Panoramique (deuxième allée à droite)

et les trois érables maigrelets sur le parking désert

 

J’aime parcourir à la fin de septembre

ma route jaune, ma route généreuse −

mais le jaune que je préfère

reste celui de ce tapis de feuilles

toujours au même endroit dans ce coin de forêt

que la route traverse et où je voudrais tant

m’arrêter, par un beau jour d’automne

pour suivre dans le noir, peut-être, allez savoir,

les traces jaunes des girolles…

 

29 septembre 2015

 


 

 

 

MA ROUTE ROYALE

 

Routeseptembre2015royale

 

Ma route en plein soleil

au tout dernier jour de septembre

est route royale. Je la descends

dans mon carrosse d'or

que les ânes en s'inclinant

honorent. Autour de moi ombres et lumières

jeux d'eau, dorures, musiques

et perspectives inouïes :

c'est Versailles, indubitablement,

Versailles toujours en travaux

(on a creusé une nouvelle tranchée au Verneil)

Versailles champêtre sans doute,

mais Versailles rutilant, démesuré

solaire. Les corneilles paysannes

fouillent en croassant le grand champ retourné

on jette devant moi des gerbes de soleils

les fougères se penchent, pinsons, chardonnerets

s'égaillent pour m'égayer

c'est pour mon bon plaisir aussi qu'on reconstruit

l'ancien hôtel au carrefour d'Arvillard

et je peux bien dire, chat botté, roi cabot

à quiconque veut l'entendre :

ce champ-là est le mien

cet autre aussi, vaches comprises, et cet autre

et cette maison jaune et sa voisine rose,

et ce pont, ce ruisseau, la forêt, la montagne !

Chaque parole que je prononce fait se lever

une invisible barrière 

je suis le roi de cette route !

 

 30 septembre 2015

 

 

  

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.