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LA PROSE DES FRONTIÈRES INVISIBLES

 

 Routejanvier2016prose

 

 

C'est encore une histoire de flou, une histoire de frontières invisibles que l’on frôle, que l’on trace, que l’on souligne, que l’on efface en roulant comme un funambule sur le fil tendu de la route.

 

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Si l’on remarque à nouveau la haie des saules têtards, ce n’est pas seulement à cause de sa couleur orange mais parce qu'elle marque une limite non plus cadastrale mais temporelle : elle est le rappel bien enraciné d'un autrefois encore mais de moins en moins présent où l'on utilisait ses rameaux pour la vannerie. Quelques gerbes restent posées, comme pour mémoire, dans un recoin de la ferme.

 

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Ainsi on se joue des limites, on franchit d’invisibles frontières entre passé et présent, hiver et prémices du printemps, Savoie et Isère, montagne et plaine, neige et paille. Sur le terrain de foot d’Arvillard ne restent plus de la dernière averse de neige que les vestiges enfantins d’un très bel igloo.

 

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Quand, passé le pont sur le Bens, la D207 se fond dans la D209 comme un affluent dans un plus large cours d’eau, l’atmosphère se fait plus humide et sombre, à cause du ruisseau qu'on longe un moment à travers la forêt ; puis le paysage se rouvre sur le grand champ où l’on voit parfois les cerfs, juste en face du terrifiant pylône à tête de chat. On salue en passant les corneilles attroupées dans l’herbe du verger et le vieux cimetière aux deux lampadaires – l’un allumé, l’autre éteint.

 

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J'aime cette dernière grande ligne droite qui, traversant les champs entre les rus du Buisson et de la Janotte jusqu'à Allevard, donne à la fois la sensation du vaste et celle de la limite, parce qu'on sait bien que c'est presque la fin du voyage et que le paysage reste borné par ces montagnes, par ces cols qu’on ne franchira pas.

 

 

21 janvier 2016